Cavour au comte de Sollon, 31 juillet
3. Cavour à M. Naville de ChiUcau vieux, 24 novembre 1837. i. Cavour à Santa-Rosa, U août 1837.
FIN DE LA JEUNESSE i'17
Decaze, Flahaut, Salvandy (Sale Dandy, notait-il) Ml s'ennuie chez la princesse Belgiojoso, « on ne m'y reprendra plus », et se plaît chez la comtesse de Gircourt, car cette femme aimable, russe de naissance, française par mariage, grande voyageuse de ses goûts, a fini par se fixer à Paris et son salon est fréquenté par des hommes distingués de tous les pays, intéressants par leur contraste même. « Votre salon, lui écrivait Cavour, est un heureux oasis qui ne ressemble à rien de ce qui l'entoure ; vous savez y maintenir les droits des sentiments les plus lointains, et les personnes qui ont été assez heureuses pour y obtenir un bienveillant accueil ne courent point le risque d'y être oubliées. » Il était repris à cette politesse de bonne compagnie, à cette conversation légère et profonde, fine et rapide, produit naturel et exclusif du vrai Paris, « admirable union de la science et de l'esprit, de la profondeur et de l'amabilité, du fonds et de la forme qui fait le charme de certains salons parisiens- ».
Et de salon en salon, il monte jusqu'aux Tuileries ; le 6 février 1838, il est présenté au roi Louis-Phihppe qui l'accueille avec son habituelle bienveillance et lui parle de son père, et le jeune dandy est frappé de la « charmante tournure » du duc d'Orléans. 11 assiste à un concert à la cour, remarque que les princes circulent dans toute la salle, causent avec tout le monde. « La reine a aussi parlé à beaucoup de dames. La duchesse d'Orléans grande, maigre, bien faite, mais peu jolie. »
Avec ses belles amies, il va au spectacle. Grands théâtres; à l'Opéra où l'on entend « de la musique délicieuse » avec Duprey, qui « a produit une révolution dans la manière de chanter », au Théâtre-Français où l'on joue Hernani, sur
i. Diario, 1" août 1837, p. :2o3.
2. Cavour à la comtesse de Circourl, 1836, 1838; Nigra. le comte de Cavovr et la comtesse de Circourl, p. 27 et suiv.
218 GAVOaR
lequel Camille rend ce curieux jugement : « Scènes magnifiques, positions absurdes. Tirades admirables, vers pitoyables. Mélange, contraste de ce qu'il y a de plus beau et de plus absurde en fait de littérature '. » Petits théâtres, au Vaudeville, où « Arnal a un rôle si plaisant, qu'on est obligé de rire à gorge déployée malgré les protestations de la raison et du bon sens ».
Et tout cela était très bien ; mais ce n'était pas tout, et le reste était moins bien. Il avait rencontré à Paris, en juillet 1837, un très ancien ami de Turin, Cigala, qui avait de bien charmantes, mais bien mauvaises relations. Cavour les fit siennes, et l'argent de la bonne duchesse roula vivement ; le vieux marquis le sentait, qui s'étonnait des fréquents appels de fonds et ajoutait : « Vraiment 32 francs par jour, étant logé et dînant quelques fois dehors, me semble comprendre quelques soupers d'Emma et Mirza. Aimez-vous la blonde, aimez-vous la brune ? »
Par Cigala il avait fait la connaissance de quelques « lions » des boulevards, « les plus mauvais sujets de Paris n. Ces messieurs avaient voulu à toute force le présenter au Jockey-Club, de fondation récente, et point encore le cercle de haute distinction qu'il est devenu par la suite. Ce qu'était alors le Club, Cavour lui-même Fa dit à un ami dans une longue lettre ", dont on ne peut donner ici que quelques extraits : « Le Jockey-Club a été fondé après la révolution de juillet par quelques jeunes gens ayant lord Seymour en tête, dans le seul but d'importer en France les courses à l'anglaise et s'y acchmater le goût des chevaux, des paris et des habitudes du turf. Il se composa d'abord d'un très petit nombre de personnes qui occupaient un modeste appartement dans une des