Archives du Jockey-Cluli, documcnl inédit
rues adjacentes au boulevard des Italiens, la rue du Helder. Le local étant devenu trop étroit, le club loua la maison qui fait le coin du boulevatd (lire faubourg) Montmartre et de la rue Grange-Batelière... L'appartement du club est vaste et élégant... l'ameublement est... commode, cependant il n'a rien d'extraordinaire, ni quant aux meubles, ni quant au service. Au club on joue, on fume, on cause, on lit les journaux et l'on dîne. Tous les jours à six heures et à sept heures deux tables sont servies... Ces dîners sont fort bons et servis fort élégamment, on paye six francs le vin non compris... Les Français sont en majorité au club. On en trouve de tous les partis et presque de toutes les classes de la société. La politique est bannie, celui qui voudrait élever une discussion de ce genre serait rappelé à l'ordre par le comité, et s'il récidivait on l'exclurait du club... Les seuls jeux permis sont le billard et le whist. On joue un jeu très gros ; un soir j'ai gagné soixante mille francs (?) et j'en ai reperdu trente le lendemain ^ Cependant la partie ordinaire est plus modérée et six à sept mille francs passent pour un joli gain... Jamais femme n'a passé le seuil du Jockey-Club, mais en revanche elles font le sujet de la plupart des conversations de ces messieurs... On ne voit pas au club de gens de lettres et peu d'hommes célèbres. L'élégance, la mode y sont seules estim.ées... D'après cette relation exacte et fidèle, vous vous convainquerez que le Jockey-Club n'est ni plus ni moins, qu'une réunion de gais jeunes gens qui aiment peut-être un peu trop à s'amuser, même aux dépens des mœurs ; mais qui du reste ne sont ni plus méchants, ni plus corrompus que le reste de la Société et que la foule qui peuple les salons. »
1. La phrase est si exagérée, qu'elle pourrait faire douter de l'authenticité de la lettre ; pour Gavour 230 francs était une perte sérieuse (Dtarto, p. 254), 2.200 francs la cause d'un profond désespoir, ibid., pp. 264 et 348.
Ainsi entré dans cette aimable compagTiie, où il n'avait que peu de temps à demeurer', Cavour « s'en donna » comme certain personnage de Meilhac et Halévv. 11 commit bien des folies, dont il se confesse dans son Diario : « Souper : orgie complète... Profond désespoir (grosse perle de jeu que combla son frère)... Bal du Casino, aventure avec un masque... » On comprend que sa mère s'inquiétât, que son père lui rappelât qu'après le carnaval vient le carême, et que lui-même, trop intelligent pour ne point sentir le vide et le danger d'une pareille existence, quittât sans regret ces délices à la fin de mai 1838. Il passa par Genève, pour assister au mariage de sa cousine Amélie de Sellon, qui épousait M. Revilliod, et rentra à Turin dans le courant de juin.
Deux ans après, il revenait en France, autant pour le règlement de la succession Clermont-Tonnerre, que pour terminer la malheureuse affaire de la Compagnie savof/arde - : ses coactionnaires lui avaient demandé instamment de réo-ler les intérêts communs avec les associés lyonnais, devenus des adversaires; Cavour passa une semaine à Lyon, tout occupé à la « rude tâche » d'arrêter les comptes définitifs de la liquidation ; et, au milieu du mois d'août 1840, il s'installait à Paris, de nouveau à l'hôtel Mirabeau, pour deux mois. 11 comptait reprendre son agréable vie de 1837 et 1838, mais les circonstances étaient changées, la France vivait des heures graves, et lui-même, en s'cngageant avec imprudence dans les jeux de la politique et de la Bourse, reçut une dure leçon.
1. Cavour ne fut du Jockey-Club quà litre temporaire et comme membre étranger ; son nom no figure point au registre des admissions. Renseignements du comte Paul de l'ourtalès.