‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 92 sur 171 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ I. Les variations de la politique sarde. Les effets de la crise de 1840 en Europe ; en Piémont, premières escarmouches politiques ; M. de la Marguerite et sa coterie ; les ministres progressiste : Pralormo. Barbaroux, Gallina, Villamarina. — Les hésitations de Charles-Albert : sa politique de l^ascule. — La liberté de l'enseignement : les Jésuites et Cavour. — Difficultés avec l'Autriche.

§ II. La formation d'une opinion publique en Italie. Carbonarisme et Jeune Italie : complots et représailles. — Méfiance envers Charles-Albert. — L'aristocratie libérale en Piémont : ses desseins ; le Risorgimento. — Gioberti et le Primato. — Balbo et les Speranze. — M. d'Azeglio et les Ultimi Casi. — La fortune des trois livres. — Nouvelles publications. — L'émotion produite en Italie.

§ III. Les débuts d'un grand journaliste. La Bibliothèque universelle.

— L'article sur les Voyages agronomiques de M. de Châteauvieux.

— Les Considérations sur l'état de l'Irlande : la situation et l'avenir de l'Ile. — Articles agricoles. — La Question des céréales en Angleterre : la future liberté du commerce ; nouvel article dans VAntologia italiana ; « nostra Patria ». ^— Le grand article sur les Chemins de fer en Italie et la Revue des Deux Mondes ; conséquences des voies ferrées pour Turin, pour l'Italie ; la nationalité italienne ; la monarchie nationale.

§ IV. Les associations. La Société du Whist, foyer d'opposition libérale. — Vassociation agraire ; but officiel, dessein secret ; ses résultats. — Luttes intérieures : Gavouriens et Valériens; Cavour battu.

§ V. Nouveau voyage a Paris et en Angleterre. L'héritage de M""^ de Clermont-Tonnerre. — Les grands cours de l'Université de Paris : Sorbonne et Collège de France ; à l'Institut. — La vie mondaine : salons, théâtres et musées. — A Londres ; la poli-

tique, la liberté du commerce ; les affaires, visites d'usines, docks et voies ferrées. — La grande culture dans les comtés. — La tristesse du retour. — La Révolution de Genève et les événements de Suisse.

§ VI. Les sources d'une fortune. Les longs séjours à Léri : le domaine en plein rendement. — L'industrie agricole ; machines et engrais ; projet d'usine de produits chimiques. — L'enseignement technique et les classes ouvrières ; une banque de l'agriculture. — Les grandes affaires : la canalisation du Rhône ; les voies ferrées. — Banque de Gênes et Banque d'Escompte de Turin. — Entreprises et projets nombreux.

Modification du caractère de Cavour : la joie dans la production.

Le Piémont en 1846.

Les événements politiques de 1840 avaient produit dans toutes les nations de l'Europe une secousse violente et durable en ses conséquences. La colère et la crainte, l'ambition des uns, le patriotisme des autres avaient été excités à un tel point que les peuples en demeurèrent tout vibrants, dans l'attente : 1840 est le prodrome de 1848. Les gouvernements ne comprirent pas, ou ne voulurent pas comprendre la puissance de ces passions populaires et chacun reprit son train d'antan; en France, le cabinet s'immobilise dans le bercement d'une splendidc éloquence ; en Allemagne, les petits princes se rendorment sur le mol oreiller de l'absolutisme paternel ; le roi de Prusse, Frédéric Guillaume IV, bourdonne, prophétise et piétine pendant six ans ; Metternich se raidit et s'entête dans un régime dont, môme après sa chute, il louera la perfection. En Italie, le roi de Naples, Ferdinand, ruse et brutalise; le pape Grégoire XVI, avec douceur, avec tendresse, refuse toute réforme ; le grand-duc de Toscane Léopold II sourit, car son joug est doux et son fardeau léger; à Milan, le vice-roi Régnier, et, dans toute la Lombardie-

Vénétie, les fonctionnaires autrichiens sont charmants pourvu qu'on ne leur parle ni de liberté, ni de patrie, ni d'indépendance, ni de progrès, ni de rien, par ailleurs d'aimables compagnons, les plus indulgents aux moqueries et les plus accessibles aux flatteries ^ Et les grands-ducs renchérissent. Ainsi, partout, scission nette entre les monarques et les peuples.

Il en était de même en Piémont. Dans ce pays si calme et si souple — Gênes excepté, — dans sa capitale, où les diplomates ne trouvaient « qu'un monde froid, peu empressé, méfiant" », et ses propres fils « un excès de régularité, de formalisme,... une absence totale de tout symptôme de vie et d'énergie S), la lutte se faisait, plus vive chaque année, entre le parti de la stagnation et le groupe des hommes de progrès. Le combat était jusque dans le ministère, profondément divisé.

Le premier secrétaire aux Affaires étrangères, M. de la Marguerite, était à la tête d'une coterie puissante, appujée sur le clergé régulier et séculier, — les Jésuites spécialement, — profitant de leur influence sur le roi pour imposer sa domination et que Ton appelait le parti prêtre. A ses côtés, se pressait une camarilla active, tenace, avec M. de Maistre, gouverneur de Nice, le général Paulucci, gouverneur de Gênes, les deux frères CoUegno, ministres d'Etat, tous unis par des idées religieuses exaltées, la haine de la France, foyer d'athéisme \ l'admiration pour la personne et la politique du prince de Metternich. Aux grands jours de péril,

1. M. (l'Azeglio. Mes SouvenÎTs, trad. Douesnel, t. II, p. 383.

2. Le comte Ney à M. Guizot, 25 novembre 1840. Arckives des A/faires étrangères, fonds Piémont.

Page 1