‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 2)Chapitre 95 sur 171 · Cavour à Auguste de La Rive, 24 août IS · texte numérisé non relu

Cavour à Auguste de La Rive, 24 août IS

2. Gavtfur à Naville de Ghàteauvieu.x-, juillet 1841. Le comte Ney à M. Guizot, 10 avril, 21 juillet 1841.

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remplaça, homme nouveau, peu connu, bon esprit. Le comte Gallina porta pendant trois ans le lourd fardeau de deuxdépartements : les affaires se ressentirent de ce dualisme, la santé du ministre était atteinte, la camarilla en joua, et le comte donna sa démission en août 1844. Malgré les etïorts du parti prêtre, ses successeurs, le comte Revelaux Finances, M. Desambrois à l'Intérieur, n'appartenaient point à la réaction , le second passait pour « un des hommes les plus modérés du royaume^ ». Des quatre ministres indépendants, un seul demeurait, menacé depuis 1840, dont, à chaque crise, on annonçait le départ parce que « ses principes étaient trop différents de ceux de M. de la Marguerite », mais qui toujours restait solide au poste.

M. de Villamarina, ministre de la Guerre, de la Marine et des Affaires sardes, qui résistait si vaillamment, était « un enfant de ses œuvres » quoique issu d'une noble famille de Sardaigne ; tout jeune il s'était enfui de la maison paternelle pour servir dans les armées de la République française ; devenu capitaine, il était revenu dans l'île aux supplications de son père, avait pris quelque temps du service sous le drapeau autrichien, mais n'avait pu se faire au régime impérial, et était retourné dans sa patrie, à la cour du roi Victor- Emmanuel P' réfugié en Sardaigne. Trop indépendant pour être un bon courtisan, il s'était livré à des travaux d'économie politique et lié avec les libéraux de la Restauration. Quelque peu mêlé au mouvement de 1821, 11 était demeuré longtemps à l'écart du gouvernement. Enfin Charles- Albert l'avait appelé au ministère pour réorganiser l'armée et rénover la Sardaigne, demeurée jusqu'alors sous le régime féodal ; il avait réussi dans cette double mission, et ainsi

i. Le comte Mortier à M. Guizof, H septembre 1844.

acquis « une immense influence dans le pays et surtout sur l'esprit du Roi ». Exempt de bigotisme, il prétendait renvoyer le clergé à l'Eglise en l'écartant du pouvoir. Il ne voulait point bouleverser l'Etat par Tintroduction immédiate du régime constitutionnel, mais procéder par « des réformes sans secousse, avec ménagement et prudence » ; adversaire de toute pression étrangère, « il croyait à la nation piémontaise, à son avenir », et en réformant l'armée entendait a assurer l'indépendance de sa patrie ^ ». Il ne voulait point se soumettre à la camarilla, qui le combattait furieusement mais vainement. Il avait ses amis dans la noblesse indépendante, les Balbo, les Alfieri, tous amis de Camille Cavour. C'est à son influence qu'est en partie due l'arrivée du marquis César Alfieri en 1844 à la direction de l'Instruction publique, ce qui fut un événement, car jusqu'alors l'enseignement était entre les mains des Jésuites, et c'était tout un changement de régime que de mettre à sa tête un libéral, nettement adversaire de La Marguerite et consorts.

Entre ces deux fractions de son ministère, Charles- Albert hésitait, indécis, taciturne. Ceux qui l'approchaient étaient la plupart des réactionnaires, de La Marguerite, de La Tour, le marquis Cavour « tout à fait de l'intimité du Roi » constatait l'envoyé de France -, mais devenu si impopulaire que la police devait arracher des placards collés dans les rues de Turin et renfermant contre lui les propos et les insinuations les plus diffamatoires '\ Ainsi le souverain vivait-il, triste,

i. Le comte Mortier à M. Guizot, 19 juin 1846. Archives des Affaires étrangères. Piémont, t. CCCXIX. Cette importante dépêche présente le tableau de la politique du royaume en 1846 ; en marge, M. Guizot a noté au crayon : « confidentielle et réservée, à me rendre quand le Roi Taura lue... »

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