Cavour à M»" de Circourl, lii février
3. M. Guizot au comie Ney, 1" aoilt 1842, le comlc Mortier à M. Gn'uoi, 13 juillet, 18 octobre 1845.
de Vienne et de Turin, à propos du passage par le territoire piémontais de sel à l'usage du Tessin et qu'un vieux traité réservait à la Lombardie-^^énétie ; la discussion traîna pendant trois années et brusquement l'Autriche frappa de droits prohibitifs les vins piémontais (avril 1846) ; l'opinion publique s'irrita dans le petit royaume ; M. de la Marguerite se rebiffa, patriotiquement, contre les prétentions autrichiennes qu'il taxa de représailles; Charles-Albert, pour la première fois, redressa la tète avec fierté; une revue passée par le roi, en mai, fournit à son peuple l'occasion d'une manifestation de sympathie à laquelle il n'était pas habitué ; — mais c'était un mouvement populaire, ce qui amena un retour offensif du parti réactionnaire. Le débat s'apaisa doucement, prêt à se réveiller ; car le souvenir en était resté vif dans le peuple piémontais, outré de l'arrogance autrichienne, et fier de cette première émancipation de son roi. Les événements de la fin de 1847 ranimèrent ces sentiments avec intensité. Pendant qu'ainsi, six années durant, la « bascule » portait l'action pohtique tantôt à droite, tantôt à gauche, une opinion publique se formait, puissante, d'initiative personnelle, en dehors du gouvernement. Des idées étaient remuées, des passions soulevées, des projets formés auxquels Cavour participait avec ardeur ; un grand parti se fondait, qui de piémontais allait devenir italien, dont Cavour devait être un modeste adhérent d'abord, un actif collaborateur ensuite, le chef enfin.
Depuis 1821, il n'}-^ avait plus de parti libéral en Itahe ; sans doute on rencontrait à Gênes, à Milan, à Florence quelques hommes ayant et même parfois manifestant des aspira-
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lions à l'indépendance nationale, à la liberté individuelle et publique; mais ce n'étaient là que des personnalités sans groupement et sans influence. Or, comme dans toute l'Italie existaient d'âpres besoins d'indépendance, que de partout s'élevait le cri de «jeter dehors les Autrichiens et leurs princes », comme les peuples, quand ils n,'étaient point insouciants, étaient lassés et irrités d'un régime d'éteignoir doux ou brutal, et jaloux de conquérir la liberté obtenue de vive force par leurs frères de France ou d'Angleterre, — toutes les espérances s'étaient portées vers le parti révolutionnaire : de là le succès du carbonarisme et de la Jeune Italie.
Pendant une trentaine d'années, les conspirations s'étaient multipliées ; mais les grands chefs s'étaient éloignés de la terre italienne ; ils conspiraient de loin, de Paris ou de Londres, réunissaient dans quelque salle obscure leurs affiliés où la police avait ses représentants ', et fom.entaient une insurrection qui éclatait au jour dit dans les Romagnes, à Parme, dans le Napohtain : bravement, leurs heutenants s'y faisaient tuer, sur le champ de bataille ou au mur d'exécution, et l'ordre était rétabli, durement. L'inutilité de ces petits complots, le gaspillage d'existences qui résultaient de représailles trop certaines, frappaient tous les hommes de bon sens et de vue lointaine". Au cours d'un voyage dans l'Italie centrale, Massimo d'Azegho trouvait « tout le monde convaincu que la Giovana Italia, que les factions, que les conspirations, que les révolutions sans tète ni queue étaient autant de folies et qu'il fallait penser à d'autres moyens ' ». Mais quels moyens?
Parfois les regards se reportaient vers le seul monarque
1. Voir les rapports de la police de Srtreté de Paris, 4 juillet, 6 août, 27 septembre 184b, etc.