M. dWzeglio. Mes souvenirs, t. II, p
rUBLICISTE ET HOMME DAFFAIRES 239
national, celui dont certains gestes, quelques réformes intelligentes, la réserve taciturne même permettaient l'espérance : il avait ces trois forces : Targent, Tarmée, la race italienne ; n'en ferait-il point usage ? Mais le passé de Charles- Albert inquiétait les plus confiants, sa fuite en 1821, sa dure répression du mouvement populaire en 1833 ; son entourage était suspect, formé de réactionnaires, de cléricaux, d'amis de l'Autriche ; son caractère était un mystère ; à qui faisait campagne en sa faveur, on répondait avec dédain : ce traître... Et Massimo d'Azeglio, lui-même, quoique son partisan, après un entretien avec le roi ténébreux, recevant de lui de vagues promesses, même une accolade émue, se prenait à murmurer : « Ne t'y fie pas^ »
De ces questions douloureuses s'entretenaient sans cesse quelques hommes modérés et instruits ; ils habitaient la ville la plus morne et la plus réservée de toute l'Italie, Turin ; ils appartenaient à de très anciennes familles du Piémont, riches, honorées, entourant le trône ; ils avaient tout du passé, la fortune, l'élégance de tenue et d'esprit, la situation enviable et sûre; mais, et c'est leur gloire, leurs regards se tournaient vers l'avenir ; loin de se cantonner dans le souvenir de splendeurs antiques, ils avaient Tambition d'un ordre nouveau, d'une Italie renouvelée, et c'est dans leurs luxueux salons que naît, se prononce, s'affirme ce mot, demain dans toutes les bouches italiennes : le Risorghnento. Leur programme n'a rien de révolutionnaire : la tournure de leur esprit, la sagesse de leurs réflexions, leur prudence naturelle les portent vers l'évolution, non vers la Révolution ; activer les réformes dans le royaume, instruire le peuple en le hbérant du joug des Jésuites, faire ainsi de Turin la capitale intellectuelle de