‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 100 sur 347 · Cavour à Villamarina, 29 janvier · texte numérisé non relu

Cavour à Villamarina, 29 janvier

Quel en était le contenu ? Son texte est demeuré longtemps secret ; plus d'un demi-siècle devait s'écouler, une nouvelle alliance se nouer entre les deux pays, cimentée par le sang des soldats italiens et français luttant d'une même âme en Champagne ou sur le Corso, avant que le détail en fût donné1.

« L'état critique de l'Italie, y était-il écrit en préambule, étant de nature à faire prévoir des complications qui pourraient donner au Piémont des raisons légitimes d'invoquer l'appui de la France, l'Empereur des Français et le Roi de Sardaigne ont résolu de se concerter d'avance en prévision des dites éventualités et, après en avoir délibéré, sont convenus des articles suivants :

Article 1er. — Dans le cas où, par suite d'un acte agressif de l'Autriche, la guerre viendrait à éclater entre S. M, le Roi de Sardaigne et S. M. l'Empereur d'Autriche, une alliance offensive et défensive sera conclue entre S. M. l'Empereur des Français et S. M. le Roi de Sardaigne.

Article 2. — Le but de l'alliance sera de prévenir le retour des complications qui auraient donné lieu à la guerre et qui mettent sans cesse en danger le repos de l'Europe, en affranchissant l'Italie de l'occupation autrichienne et en constituant, pour satisfaire aux vœux des populations, si l'issue de la guerre le permet, un Royaume de la Haute Italie de onze millions d'habilanls environ.

1. Une copie en avait été remise à M. Routier, laquelle a été prise avec les papiers du « vice-empereur » dans son château de Cerçay par les troupes prussiennes et emportée en Allemagne. Le trailé de Versailles en a ordonné le retour aux Archives des Affaires étrangères. M. Emile Ollivier semble avoir eu connaissance partielle de ce texte car il en donne des extraits d'ailleurs incomplets et parfois inexacts, avec la date en tous cas erronée du 10 décembre 1858. Empire libéra? t. iil, p. 523-524.

Article 3. — Au nom du même principe, le duché de Savoie et la province de Nice seront réunis à la France.

Article 4. — Quel que soit le cours des événements auxquels la guerre pourrait donner lieu, il est expressément stipulé, dans l'intérêt de la religion catholique, que la souveraineté du Pape sera maintenue.

Article o. — Les frais de la guerre seront supportés par le royaume de la Haute Italie.

Article G. — Les Hautes Parties contractantes s'obligent à n'accueillir aucune ouverture ni aucune proposition tendant à la cessation des hostilités, sans en avoir précédemment délibéré en commun. »

Et le double original avait été signé, à Paris, par Napoléon et Walewski, à Turin, par Victor-Emmanuel et Gavour.

Aux termes de la convention militaire1, les forces engagées devaient être de 200.000 Français et 100.000 Sardes ; les provinces italiennes occupées par les Alliés seraient administrées au nom de Victor-Emmanuel ; pour assurer l'unité d'action, le commandement serait exercé par l'empereur et en son absence par celui qu'il désignerait ; il ne serait constitué aucun corps franc. Enfin une convention financière, plusieurs fois retouchée, détermina les conditions de la levée des impositions dans les nouvelles provinces, les frais de la guerre, etc..

Simple « germe » de traité, avait écrit l'empereur dans la lettre au roi en date du 12 janvier; en réalité, l'acte contenait sur les points essentiels des précisions suffisantes :

1. Bapst, Le maréchal Canrobert, III, p. 524-3^5, d'après une communication de Chiala.

alliance offensive et défensive, mais seulement en cas d'agression de l'Autriche, ce qui obligeait le Piémont, comme l'avait toujours prévu Cavour, comme il l'avait dit un mois auparavant à Odo Russell, « à forcer l'Autriche à commencer les hostilités1 »; — constitution d'un royaume de la Haute Italie comportant 11 millions d'habitants, sans précision de ses frontières, mais ce qui, par une simple addition des statistiques locales, adjoignait au royaume sarde la Lombardie, la Vénétie, les duchés de Parme et de Modène, les Légations, ainsi que le prévoyait le projet piémontais du 24 décembre ; — par contre [do ut des, disent les juristes), cession à la France de la Savoie et de Niée (quoiqu'on ait souvent prétendu que le sort de ce comté était réservé jusqu'à la conclusion de la paix), et ce en vertu du principe du respect des vœux populaires, affirmés si souvent dans l'une et l'autre province, et dont le plébiscite des 15-22 avril 1860 devait donner une éclatante confirmation: — maintien de la souveraineté du pape, mais sans qu'on déterminât quel territoire lui serait laissé, ni même que l'on précisât l'étendue de cette souveraineté ; — rien non plus sur le sort et l'avenir du reste de l'Italie, et ces deux lacunes, évidemment voulues, n'étaient point pour déplaire à l'ambition de la maison de Savoie.

Ainsi les signatures étaient échangées et engagés les destins de deux pays; si l'unité nationale de l'un était désormais assurée, l'autre allait compléter son domaine historique de deux fières provinces, réunies à la France de leur plein gré, conformément « aux vœux de leurs populations », et à jamais fidèles comme les plus anciens terroirs de la patrie. Et les événements allaient se dérouler avec une implacable logique. Il avait été convenu, sinon dans le traité, du moins dans les

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