‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 110 sur 347 · Rothan, Napoléon III et l'Italie, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Rothan, Napoléon III et l'Italie, loc. cit., p

5. «Le ministre d'Italie se plaint que lord Derby soit si grossier avec lui, qu'il n'ose lui parler crainte d'amener une brouille... Le premier ministre

Le cabinet de Saint-James avait été fort mécontent du « cri de douleur «poussé par Victor-Emmanuel le 10 janvier1, et, trois jours après, lord Malmesburv avait minuté une dépêche de vive semonce : elle arriva à Turin à peu près en même temps que le prince Xapoléon ; sir James Hudson en donna, par ordre, lecture à Cavour qui dut entendre, sans contrition, des conseils de prudence et de modération présentés sur un ton rogue : le premier ministre sarde assumerait devant l'Europe et devant cette Providence que le roi a invoquée dans son discours une immense responsabilité s'il songeait à troubler la paix en prenant l'initiative d'une attaque quelconque contre l'Autriche; tel était le thème de l'admonestation"; l'heure était bien choisie pour la donner. Pendant la seconde quinzaine de janvier, lord Malmesburv renouvela ses recommandations à Turin, à Vienne, à Pétersbourg, à Paris où lord Cowley, ambassadeur d'Angleterre, eut un long entretien avec Napoléon, vague, se dérobant, jouant la surprise.

Le 4 février, une brève note du Moniteur signala à ses lecteurs une brochure intitulée Napoléon lll et l'Italie, qui venait de paraître à Paris et à laquelle « les circonstances actuelles donnaient un grand intérêt ». L'histoire de l'opuscule est aujourd'hui connue3; au lendemain de Plombières, l'empereur avait prié le vicomte de La Guéronnière d'exposer dans une courte brochure les raisons de modifier la situation politique en Italie et un plan de confédération entre les divers

est beaucoup trop franc et trop brusque pour faire un bon diplomate ». écrivait lord Malmesburv, son ami intime, le 22 mars 1859.

1. Cf. l'important article d'Alfredo Signoretli,. La politicainglese durante la crisi risolutiva dell'Vnità dllalia, dans la Rassegna slorica del liisorgimento, d'avril-juin 1925, p. 194 et suiv.

2. La Tour d'Auvergne la rapporta, de Cavour dont il la tenait, à YA'alewski. dans une dépèche du 22 janvier 1859.

3. Notamment par une lettre d'Eugène Rendu à Chiala, Leltere. (. III. Appendice, p. 385 et suiv.

Etats de la péninsule; le confident de Napoléon demanda un avant-projet à E. Rendu, ami et correspondant du chevalier d'Azeglio, et, en janvier seulement l'empereur réclama le travail, le corrigea de sa main, ordonna enfin le tirage qu'il annonça le 8 février à ses ministres stupéfaits; le libelle parut le lendemain. C'était une peinture, en vives couleurs, de l'Italie en son état actuel et dans son avenir; sans admettre l'unité politique de la péninsule, on y proposait la Fédération des Etals italiens avec un Piémont agrandi et sous la présidence du pape; on y restait dans l'imprécision sur l'opposition de l'Autriche, faisant espérer que la maison de Habsbourg se laisserait convaincre du bon droit de l'Italie1. Le tout était teinté d'utopie, pétri de bonnes intentions, soulevant le problème plutôt que le résolvant. La brochure fit grand bruit, les catholiques même les plus modérés déclarant son plan « inacceptable pour le pape et l'Autriche autant que la république romaine2 », les libéraux italiens affirmant qu' « elle parlait de l'Italie comme jamais on n'en avait parlé à l'étranger3 »,le roi Victor-Emmanuel trouvant « la question très bien traitée dans tous les sens4 ».

A ce moment môme, la rentrée des Chambres, le 7 février, donnait à Napoléon III l'occasion de révéler sa pensée et ses intentions d'une manière plus officielle que par une brochure anonyme. Le discours du trône fut très balancé, et, tout en commentant la phrase déjà démentie en Crimée, « l'Empire, c'est la paix », parla, à l'intention des belliqueux, « de la situation anormale de l'Italie », ajoutant, à l'intention des pacifiques: « ma politique ne sera jamais provocatrice »,

Page 1