Comte de Beust, Mémoires, I, p
3. Sur cette agitation en Allemagne, Rothan. loc. cit., Revue des Deux Mondes du 15 mars 1899. p. 333 et suiv., 333 et suiv. Cpr. Friedjung, Der Kampf um die Yorherrschaft in Deutschand, t. I, p. 12 et suiv.
4. Rapport du consul général d'Angleterre à Leipzig, 3 mars 1859.
venait singulièrement à la traverse des projets impériaux : d'où nécessité de déclarations pacifiques.
Le 5 mars, deux notes paraissaient en tête de la partie non officielle du Moniteur : la première dégageait brièvement la responsabilité gouvernementale des nouvelles données par les journaux, qui n'étaient point soumis à la censure préalable ; la deuxième, très longue, reconnaissait la gravité « de l'état de choses en Italie », mais ajoutait : « En face des inquiétudes, mal fondées, nous aimons à le croire, qui ont émules esprits en Piémont, l'empereur a promis au roi de Sardaigne de le défendre contre tout acte agressif de l'Autriche; il n'a promis rien de plus et Ton sait qu'il tiendra parole. Sont-ce là des rêves de guerre ?... tout ce que les exagérations de la presse y ont ajouté est imagination, mensonge et délire. » Et après avoir justifié les armements, qui ne mettaient point l'armée sur le pied de guerre, la note se terminait en annonçant que les questions litigieuses « étaient entrées dans la voie diplomatique » dont rien n'autorisait à penser que l'issue ne dût point être favorable. Ces déclarations étaient strictement conformes au texte même du traité d'alliance et aux pourparlers officiels. Mais, dans le secret, il s'était agi de bien autre chose aux Tuileries et au Palais Carignan. La note produisit une amère déception en Piémont et à Paris dans le parti favorable à l'unité italienne : le ministre de Sardaigne, Villamarina, eut une vive explication avec le comte Walewski, et le prince Napoléon, dans une lettre ardente1, adressa à son impérial cousin le jour même sa démission de ministre de f Algérie et des Colonies.
1. Le prince Napoléon à l'empereur, 5 mars 1859. Réponses de l'empereur les a et 10 mars 1859. Par lettre du 17 mars, le roi Victor-Emmanuel approuva son gendre. « Tu as bien fait de te retirer du ministère, cela doit avoir produit une secousse et une émotion à l'empereur. »
158 CAYOUR
Camille était vexé et ne dissimula point son mécontentement. « M. le comte de Cavour, écrivit le prince de La Tour d'Auvergne à son ministre, ne m'a pas caché le déplaisir de cette publication qui le placera dans le plus grand embarras visà-vis de ses amis et particulièrement vis-à-vis des nombreux étrangers qui sont venus s'enrôler sous les drapeaux du Piémont... Je ferai bonne contenance (m'a-t-ildit), mais si maintenant nous n'appelons pas immédiatement nos contingents, Fltalie se croira abandonnée et il y aura tout à craindre1. » Mais il ne prit point la note au tragique, connaissant les brusques voiles de son allié; il engagea le roi à écrire directement à l'empereur2, et répondit par la manière forte.
De nouveaux incidents s'étaient produits sur la frontière austro-sarde; de fâcheuses manœuvres étaient entreprises parles cours italiennes; le pape avait demandé à Vienne et à Paris que les troupes autrichiennes et françaises quittassent ses Etats, mauvaise affaire pour le parti national, car, disait Cavour au ministre de France, on risquait de voir des tentatives révolutionnaires éclater dans les Romagnes; d'ailleurs « l'évacuation n'était possible que comme suite et complément de réformes et d'améliorations indispensables dans le gouvernement des Romagnes » 3, et in petto il ajoutait que si par hasard l'Autriche évacuait les provinces romaines, luimême perdrait le meilleur de ses arguments devant l'opinion européenne. Mais telle n'était nullement l'intention de l'Autriche, qui, à ce moment même, redoublait ses armements : rappel sous les drapeaux de tous les soldats en congé dans
i. La Tour d'Auvergne à Walewski, 6 mars 18<i9.