La Tour d'Auvergne à Walewski, 21 mars
2. Gavour au prince Napoléon, 18 mars 1859; Gpr. Gavour à E. d'Azeglio, 21 mars 1859.
le rôle de l'agresseur. Cela me fait espérer qu'elle ne tardera pas à commettre un de ces actes agressifs qui doivent justifier Tintervention armée de Votre Majesté et que j'appelle de tous mes vœux. . . Lorsque Votre Majesté descendra dans nos plaines, les populations accourront à sa rencontre non avec des vers et des chansons, mais avec des sabres et des mousquets, pour suivre Votre Majesté sur les champs où elle acquerra la reconnaissance de tout un peuple et une gloire impérissable1. »
Les protestations et les craintes du Piémont étaient si fondées, l'injustice à son égard si flagrante, que le cabinet de Saint-James crut nécessaire d'amortir la dureté du coup. Le 21 mars, il proposa que les quatre grandes puissances garantissent conjointement au Piémont qu' « il ne serait pas attaqué par l'Autriche pendant la durée du Congrès ou pendant un terme de cinq ans, mais on lui demanderait par contre de désarmer immédiatement" ». Et ceci était encore assez humiliant. Mais à ce moment, une autre invitation arrivait à Cavour, due à l'initiative hardie du prince Napoléon.
En recevant le télégramme désolé de Cavour, le prince avait répondu sur l'heure : « Restez avant tout ministre. Quitter serait déserter. Ne pensez pas à cela. Ce serait odieux et impossible, et tout perdre3. » Il avait vu l'empereur, et lorsqu'une note au Moniteur avait donné pour officielle l'annonce du Congrès, il avait écrit à son cousin une lettre indignée, d'une éloquence ramassée et puissante ; la réponse de Napoléon
1. Cavour à l'empereur Napoléon, 19 mars 1859. Bolléa, Una Silloge, p. 147. Nigra devait présenter cette lettre à l'empereur lui-même, en ajoutant que « le comte Walewski a écrit au ministre de France de manière à nous décourager, ou bien a nous pousser à un acte désespéré ». Télégramme de Cavour à Villamarina, 20 mars 1859.
■2. Walewski à La Tour d'Auvergne, 21 mars 1859. Télégramme chiffré : « Pour vous seul... Entretenez très confidentiellement le comte de Cavour de ces ouvertures... »