Supra, p
o. Chiala, Polilica segreta di Napoleone III e di Cavour in Italia e in l'ngheria, p. 33 et suiv.
Le 29, Cavour revit Walewski au quai d'Orsay, puis aux Tuileries en présence de l'empereur. Le premier entretien fut orageux : le ministre français ne voulut rien céder, un peu agacé de tant d'insistance, d'un calme « qui pouvait paraître dédaigneux '» ; le Sarde, tenace jusqu'à la violence, menaçait de sa démission, de l'abdication de son roi, de son exil en Amérique où il publierait sa justification avec pièces à l'appui; pour en finir, Walewski remit à son interlocuteur un pro memoria confidentiel exposant l'opinion de la France sur le débat soulevé : « Les États italiens auraient au Congrès la position qu'avaient les plénipotentiaires hollandais à la Conférence de Londres en 1831, c'est-à-dire que le Congrès les admettrait tout en se réservant de délibérer à cinq, s'il le jugeait à propos » ; le Piémont devait désarmer à la demande de l'Angleterre et de l'Autriche qui en faisaient presque une condition sine qua non, mais la France ferait effort « pour que les puissances se bornassent à demander que les Autrichiens et les Sardes missent dix lieues d'intervalle entre leurs avant-postes ».
En quittant Walewski, Cavour lui avait annoncé qu'il « allait prendre les ordres de l'empereur ». Il le vit certainement ce même jour à deux reprises, une fois seul, une autre et quelques heures après, en présence du ministre français des Affaires étrangères2; si le premier entretien fut assez favorable, le second « navra » le patriote italien, car Napoléon s'était comme ressaisi devant son propre ministre et ses paroles ne furent point encourageantes. N'avait-il pas écrit à Cavour avec une certaine hauteur, le jour même où il
1. Sur cette deuxième conversation, le récit de Walewski dans la dépèche précitée du 30 mars est très complet.
t. Voir la lettre de Cavour à Napoléon, du 30 mars, premier et second alinéas.
l'invitait à se rendre en France : « Il a pu exister des dissentiments dans mon Conseil, mais cela ne regarde personne. Soyez persuadé que tant qu'un ministre reste en place, il a ma confiance et exécute mes ordres. » Il était vrai que, dans cette lettre, il avait donné au gouvernement sarde ce plan de conduite : « Montrer de la modération pour gagner du temps et acquérir l'adhésion de l'Angleterre et de la Prusse ». Mais ces paroles compromettantes, il ne dut point les renouveler en présence du comte Walewski. En sortant des Tuileries, le comte de Cavour « n'était guère satisfait * ». Dans la nuit, après un dîner chez la princesse Mathilde avec le prince Napoléon, après qu'avec ces confidents il eut repassé tous ses grands desseins, repris ses espérances, il tenta un dernier effort auprès de l'empereur et dans une lettre pathétique jeta comme un cri de désespoir, où l'habileté de l'homme d'État se joignait à la douleur du patriote : la politique du comte Walewski pousse le Piémont vers un abîme ; le roi se trouvera acculé entre une folie ou une lâcheté ; les ministres, lui surtout, objets de l'indignation du public, devront se cacher dans quelque obscure retraite ; et une catastrophe terrible s'ensuivra. Pourtant, il le rappelle nettement, c'est l'empereur des Français qui a adressé le premier appel au roi de Sardaigne ; celui-ci a accepté sans réserves toutes les propositions convenues à Plombières; il y a conformé tous ses actes. Abandonner aujourd'hui cette politique, ce serait « transformer l'Italie en une ennemie mortelle sans regagner l'amitié de l'Angleterre, ou diminuer la haine de l'Autriche». Car ces puissances ont assez pénétré des secrets de l'empereur pour ne point lui rendre leur confiance2.
\. Addition de Nigra à la lettre de Cavour à LaMarmora, 29 marsl8S9. 2. Cavour à lempereur Napoléon, 30 mars 18o9.
170 CAYOUR
Le 30, il reprenait le chemin de Turin, triste mais non abattu, déçu mais non découragé1. Le 29, au sortir des Tuileries, il avait résumé son impression dans une courte lettre à son ministre de la Guerre : question italienne mal engagée; hostilités inévitables, mais retardées et portées sur le Rhin aussi bien que sur le Pô. « Pour que la guerre ait un résultat heureux pour le Piémont et l'Italie, ajoutait-il, il faut se préparer à faire les plus grands efforts. Les Français, entraînés contre leur gré, ne nous pardonneront jamais si la plus grande partie du poids de l'entreprise tombe sur leur dos. Malheur à nous si nous triomphons uniquement au moyen des Français. Ce n'est qu'en nous battant mieux qu'eux, qu'en mettant sous les armes des forces supérieures aux leurs, dans le cas de guerre générale, que nous sauverons notre pays2. »
Le 1er avril, il rentrait à Turin. Dans la journée, le public se pressa devant la Casa Cavour, acclamant le ministre, qui parut au balcon. Perdu dans la foule, un homme à grosses moustaches criait « Yiva Cavour » : c'était le roi3.
Trois semaines suivirent, d'anxiété et de tension nerveuse, où, comme l'écrivait Napoléon III, « la politique changeait de couleur trois fois par jour4. » A passer par des alternatives d'enthousiasme et de déception, Cavour perdit parfois
1. « Cavour est arrivé dans les meilleures dispositions d'esprit. » Castelli à Andreis, 1« avril 1859. — Mazziotti, Lettere politiche di un intimo amico di Cavour, p. 13. (Extrait de la Nuova Antologia, 1914.)