‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 121 sur 347 · L'empereur au prince Napoléon, 19 avril · texte numérisé non relu

L'empereur au prince Napoléon, 19 avril

son sang-froid, mais jamais son bon sens et sa vue perçante : le roi fut superbe de calme et de robustesse mentale.

La cour anglaise avait été fort inquiète du voyage de Cavour à Paris : elle redoutait que les efforts du ministre sarde et de son grand protecteur, le prince Napoléon, n'eussent ébranlé l'empereur et que désormais il fût impossible d'éviter la guerre1. Le comte Walewski donnait bien les assurances les plus pacifiques et sir James Hudson télégraphiait que Cavour depuis son retour manifestait les sentiments les plus conciliants'-. Mais John Bull se méfiait et coup sur coup émit deux nouvelles propositions destinées à maintenir la paix '.

La première consistait dans le retrait des armées austrosardes à distance respectueuse de la frontière. La suggestion en venait du comte Walewski, car il en avait parlé dès le 29 mars à Cavour: l'idée fut reprise par la cour de Berlin qui télégraphia le 5 avril à ses représentants en Autriche et Piémont de s'entendre avec leurs collègues français, anglais et russes pour conseiller pareille mesure*; enfin le projet fut adopté par le cabinet de Saint-James qui donna mêmes instructions à ses agents. Mais à Vienne, lord Loftus essuya un refus catégorique : «Non, non, répondit M. de Buol, c'est inacceptable, et si on me faisait la proposition par écrit, je refuserais vertement ». Et comme le diplomate anglais insistait, le chan-

1. .Malmesbury à Loftus, 31 mars ; le prince Albert au roi des Belges, 5 avril 1859.

. Le prince de La Tour d'Auvergne, qui avait vu Cavour à son retour de Paris, avait trouvé « son langage plus calme et plus résigné ». Le président sarde acceptait avec tristesse que le Piémont ne fût point représenté au Congrès, mais refusait d'y aller avec voix simplement consultative. A Walewski, 5 avril 1859.

3. Sur les divers actes et la politique du cabinet de Saint-James. Signoretti, La politica inglese, etc., loc. cit., p. 209.

4. La démarche fut faite à Vienne, mais non à Turin, M. Brassier de Saint-Simon ayant reçu de ses collègues la déclaration qu'ils n'avaient point reçu de leurs gouvernements instructions à cet égard.

celier autrichien exprima la crainte d'une agression de la France; passe encore, laissa-t-il entendre, si le désarmement était général et que la cour de Vienne parût moins obéir à une sommation que subir la loi commune1.

Était-ce une invite? On le crut, ou parut le croire à Londres, et c'est ainsi que le gouvernement britannique lança sa seconde proposition, qui, pendant deux semaines, fut passionnément discutée entre les puissances intéressées : le 7 avril, lord Malmesbury leur recommanda un désarmement général, avant la réunion du Congrès.

Pour la France, la mesure n'avait rien d'impossible, puisqu'il n'y avait pas eu à proprement parler d'armement, mais seulement augmentation des garnisons sur la frontière du sud-est, arrivée de quelques unités d'Algérie, achat de chevaux, etc., le tout par mesure de précaution; car, comme récrivait le ministre de la Guerre : « Rien n'est meilleur pour donner du montant aux paroles de notre représentant au Congrès2 ». L'empereur, pressenti par lord Cowley, répondit donc que le principe était excellent; que la France ne pouvait désarmer, n'ayant pas armé; que lui-même avait donné pareil conseil au Piémont; et que surtout c'était à l'Autriche de commencer : paroles évasives, et qui ne trompèrent point lord Malmesbury : « Mauvaises nouvelles de Paris écrivait-il pour lui-même, l'Empereur est résolu à la guerre* ». Mais Napoléon III ne la voulait ni de suite, ni de son fait, et,

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