‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 128 sur 347 · Malmesbury, Mémoires. 19 avril · texte numérisé non relu

Malmesbury, Mémoires. 19 avril

3. Le prince Napoléon à Cavour, 19 avril, deux télégrammes, 1 heure et quart et 3 heures.

4. L'empereur au prince Napoléon, 19 avril; puis, le prince Napoléon à Cavour, 20 avril.

5. Massimo d'Azeglio à Cavour, de Windsor, 19 avril 1859 ; lettre arrivée d'ailleurs après le revirement.

la banqueroute de sa politique1. Alla-t-il jusqu'à penser au suicide ? ses amis Font cru, en le voyant dans l'après-midi de cette fatale journée, déchirer, brûler ses papiers comme à la veille du dernier voyage2 ; ce ne fut qu'une impression passagère d'une âme passionnée, car le même soir il annonçait à son gérant de culture qu'il allait abandonner le ministère dont il avait le dégoût et se retirer définitivement à Léri : ici il était sincère, il croyait sa carrière politique terminée, à jamais.

Le gouvernement autrichien avait jusqu'alors tenu une conduite forte, mais prudente; il avait fait quelques menues concessions, mais en avait obtenu de plus grandes de ses adversaires; s'il avait accumulé des troupes en Italie, il pouvait soutenir qu'il les y avait envoyées seulement par crainte de troubles révolutionnaires et d'une attaque étrangère : persuadé d'une guerre inévitable, il n'avait qu'à lasser l'adversaire et attendre l'agression qui lui eût donné le rôle de défenseur et assuré la bienveillante intervention de l'Angleterre et de la Prusse. Mais déjà la maison d'Autriche préparait dans l'ombre le coup qui devait abattre un chétif adversaire et qui, par un juste retour, ne frappa qu'elle-même.

L'empereur François-Joseph avait une allure élégante dans son aisance aristocratique, un accueil courtois, de la correction dans sa vie privée qui devint respectable surtout par

1. Il écrivait au gérant de Léri : « Nous sauverons les vaches, mais perdrons la cause italienne qui semblait très proche d'une solution favorable. L'empereur a été trompé ou est un traître. » A Giacinto Corio, 19 avril.

2. Castelli, Il conte di Cavour, p. 81 et suiv. Cpr. Zanichelli, Cavour, p. 327.

les douleurs dont elle fut accablée; mais son action politique fut désastreuse; peu intelligent, de courte vue, il ne comprenait point les relations et les conséquences des choses; figé dans le passé, il méconnaissait les besoins du présent; ne pénétrant point la valeur des hommes, il se trompa souvent dans le choix des chefs d'armées et des chefs de gouvernement; fier et impressionnable, il procédait par à-coups, au gré des événements et des mauvais conseillers : de son incapacité, il donna en ce mois d'avril une preuve éclatante.

Il ne pouvait ignorer dans leurs grandes lignes les conventions de la France et de la Sardaigne, dont le secret se promenait dans toutes les chancelleries et tous les bureaux de rédaction; tant que lui-même resterait l'arme au bras, le pacte d'alliance demeurerait en suspens. Mais il croyait la guerre inévitable1 ; il savait que le Piémont ne pouvait aligner seul que soixante mille soldats; par les espions envoyés dans le sud-est de la France, il connaissait les retards des préparatifs militaires; il crut forcer la victoire en prenant l'initiative et la conduite de la guerre, politique brutale, qui ne pouvait réussir que si l'action suivait immédiatement la décision. Dès le début d'avril, sa résolution était prise2 et il la confirma, malgré l'opposition des archiducs, dans un conseil de la couronne tenu à la Hofburg3; le 9 avril, il en faisait aviser le commandant de l'armée de Milan; le 11, il envoyait à Berlin son oncle, l'archiduc Albert, prévenir le prince régent de Prusse que l'armée autrichienne ne tarderait pas à envahir le Piémont pour le châtier de son insolence ; et

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