Le roi Victor-Emmanuel au prince Napoléon, 14 avril
le 12, sur son ordre, Buol priait son ambassadeur à Londres, Apponyi, 'd'aviser Malmesbury que le gouvernement autrichien allait « adresser directement au cabinet de Turin une sommation de réduire son armée au pied de paix et de licencier les corps francsiîou volontaires italiens » ; à défaut d'une réponse satisfaisante, l'Autriche se tiendrait pour « dégagée de ses promesses pacifiques », ou, plus net, attaquerait le Piémont1.
Cette notification fut faite le 16 avril à Londres, le 17 à Paris : de là l'insistance de Malmesbury et de YValewski à Turin pour que le Piémont acceptât de désarmer sans conditions; tous deux espéraient encore que l'adhésion du Piémont arrêterait la fâcheuse initiative de l'Autriche, ils renouvelaient donc à Vienne avec force, avec instance, leurs appels à la raison; c'était trop tard, le 20 au soir, ils apprenaient que le gouvernement autrichien avait ordonné l'envoi de Milan à Turin de son ultimatum. A 11 h. 15, Walewski chargeait La Tour. d'Auvergne d'en informer Cavour : « Dans un moment aussi suprême, mandait-il, le gouvernement sarde n'a à prendre conseil que de lui-même... Je n'ai pas besoin d'ajouter que si la Sardaigne est attaquée par l'Autriche elle peut^compter sur notre concours immédiat". »
Lorsqu'elle fut connue en Europe, le lendemain, 21 avril, cette grave nouvelle provoqua un toile d'indignation. Ainsi, c'était au lendemain de la concession de la Sardaigne, au jour même où le Moniteur français annonçait le désarmement général et la prochaine réunion du Congrès, à l'heure où la paix était assurée, que la cour de Vienne déchaînait la guerre ! En Allemagne, malgré la sympathie de race, on
1. Ces documents dans Hùbner, Souvenirs, II, p. 59a et suiv. ; Chiala, Lettere, III, p. 119 et suiv.
2. Ce télégramme donnait, en outre, sur la réponse à donner à l'ultimatum, des conseils que Cavour suivit scrupuleusement.
devait reconnaître que l'Autriche en prenant l'initiative des hostilités s'était privée du droit de réclamer le secours de la Confédération germanique ; en Angleterre, les tories les plus favorables au gouvernement de Vienne, s'élevaient avec colère contre une action que lord Derby qualifiait de « criminelle 1 » ; en France, l'opinion publique, si défavorable jusqu'alors à la guerre, était retournée, « l'instinct gaulois s'étant réveillé », écrivait Mérimée. L'empereur mettait toute l'armée sur pied de guerre et massait de nouvelles divisions sur la frontière du sud-est \
A Turin, lorsque successivement Stackelberg, ministre de Russie, La Tour d'Auvergne, West, chargé d'affaires anglais, firent connaître au ministère sarde la prochaine sommation de l'Autriche, le soulagement et l'allégresse furent unanimes. Le moment si désiré était arrivé; le triomphe de la politique nationale était complet3. Cavour, réconforté, rajeuni, exultait : il était arrivé à ce résultat que la faute de François- Joseph a parvenait à légitimer aux yeux des hommes même les moins favorables à la politique du Piémont la guerre contre l'Autriche4 ». Il écrivait à Massimo d'Azeglio : « Il semble que la Providence nous ait conseillé ta mission et notre acceptation, pour rendre la folie autrichienne plus odieuse ». D'accord avec Napoléon III, il donnait à la démarche attendue une publicité retentissante, pour rendre impossible à l'Autriche toute reculade. Et lorsqu'au nom du
1. Massimo d'Azeglio écrivait de Londres à Cavour le 23 avril : « La sommation de l'Autriche, juste au moment où notre conduite nous rendait les Benjamins de l'Angleterre, a été un de ces ternes à la loterie qui n'arrivent qu'une seule fois en un siècle. »
2. L'empereur au prince Napoléon. 21 avril; le prince à Cavour. même date ; le maréchal Vaillant au maréchal de Castellane, même date.
3. Massari, Yittorio-Emanuele H, p. 287. Bersezio, loc. cit., p. 88.