‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 136 sur 347 · Cavour à La Marmora, 15 mai · texte numérisé non relu

Cavour à La Marmora, 15 mai

3 Maréchal Canrobert à Guerre, 26 avril ; général Bourbaki , 24 avril 1859, etc..

paratifs, dans les dépôts comme sur la frontière; les troupes d'Afrique débarquaient par petits paquets; les magasins ne regorgeaient ni de vivres, ni de munitions, ni d'effets d'habillement ; et on n'osa transborder du Rhin ou de la Moselle sur le Pô les équipages de pontonniers qui manquèrent si gravement au début de la campagne. Lorsque l'action hardie de l'Autriche déclencha le mouvement, il fallut tout brusquer ; généraux, officiers, soldats se précipitèrent en Italie sans se connaître, mal préparés, médiocrement armés, mais suppléant à tout par leur bonne humeur, leur ardeur joyeuse et cet art charmant du troupier français de se « débrouiller », qui est une force dans la guerre jusqu'à l'heure où il devient un péril tant on compte sur lui. On vécut ainsi un mois dans un gâchis épouvantable l ; et il ne pouvait être question d'entreprendre une grande opération avant la fin de mai.

L'empereur, qui voulait conduire lui-même ses troupes à la victoire, était arrivé à Gênes le 12 mai en compagnie de son cousin, accueilli avec une joie verveuse par le roi, avec enthousiasme par la population. Cavour était là, à qui le grand allié fit fête, l'embrassant avec effusion en lui disant : « Vous devez être content, vos plans se réalisent2 ». Tous deux eurent de longs conciliabules, mais le Sarde n'en tira guère que de belles paroles, tout étant subordonné à la fortune de la guerre. Le 14, l'empereur prenait le commandement de l'armée, en personne, car là où était un Napoléon, seul il pouvait donner des ordres. A cinquante ans, il prétendait s'improviser homme de guerre : sans doute il avait une forte éducation militaire, ayant étudié depuis sa jeunesse

1. G. Bapst, Le maréchal Canrobert, Souvenirs d'un siècle, t. III, p. 192. « La campagne d'Italie, a écrit le général Delanne, fut le triomphe du décousu et de l'imprévoyance ; le succès est assuré par l'entrain et la valeur des troupes. » Revue des Deux Mondes, 16 novembre 1911. p. 297.

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