Yictor-Emmanuel à Cavour, 23 mai
2. G. Bapst, loc. cit., p. 366; De La Gorce, Second Empire, t. III, p. 51.
Pendant que les armées alliées se préparaient au combat, Cavour déployait à Turin une activité infatigable; déjà ministre de l'Intérieur et des Affaires étrangères, il avait pris l'intérim de la guerre à la place de La Marmora qui accompagnait le roi; en réalité il était seul le gouvernement entier. « Maintenant tout est Cavour », écrivait-on de Turin '. Lourde tâche, et qui semblait dépasser les forces humaines 2 : à diverses reprises, on annonça qu'il allait passer le portefeuille de la Guerre à Dabormida ou tout autre, et chaque fois l'autoritaire ministre trouvait quelque bonne raison pour différer cet allégement mais aussi cet amoindrissement de ses fonctions 3 ; il préférait agir seul, certain ainsi de n'être point contredit, et sa puissance de travail, sa mémoire, ses méthodes d'homme d'affaires, son prestige donnaient des résultats qui émerveillaient les militaires étrangers, habitués à des formes plus lentes.
Il faut, écrivait-il, « que la guerre actuelle soit considérée, non comme une guerre d'ambition et de conquête, mais comme une guerre véritablement nationale ' ». De là, nécessité d'apaiser dans le royaume toutes les misères nées de la guerre, d'étouffer les menées des cléricaux inquiets pour la souveraineté pontificale, d'absoudre par un décret d'amnistie les fautes du passé sans affaiblir la répression dans l'avenir : tout ceci était la tâche du ministre de l'Intérieur. L'œuvre du ministre de la Guerre était autrement lourde, car il devait non seulement recruter, préparer, vêtir, armer, monter, transporter et approvisionner les troupes sardes5, mais