‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 139 sur 347 · Cavour à La Marmora, lor juillet · texte numérisé non relu

Cavour à La Marmora, lor juillet

o. Voir les nombreuses lettres de Cavour à La Marmora, dansle tomell des I.etlere.

encore satisfaire sans cesse aux demandes de l'état-major français, de toutes choses, pain, chaussures, ponts volants, etc.. ; « Coquin de Cavour ! disait un intendant français, j'avais demandé 100.000 rations pour en avoir cinquante ; il m'en a donné 120.000 et au jour fixé 1 ».

A ce même homme incombaient les devoirs les plus divers : rédiger les communiqués à la presse qui accompagnaient les bulletins du quartier général ; éduquer et autoriser les correspondants des journaux aux armées ; activer les études des aspirants dans les écoles spéciales ; maintenir l'homogénéité de l'armée en s'opposant avec force à la création de corps spéciaux lombards, romagnols ou parmesans ; augmenter les cadres amoindris par de sanglantes victoires ; établir les listes des morts et prévenir les familles. Sans cesse, il se plaignait de n'être point tenu au courant de ce qui se passait à l'armée, « procédé inqualifiable2 », sort commun à tous les ministres civils en temps de guerre ; il courait passer quelques heures au quartier royal, reçu aimablement, mais quand il voulait donner quelque conseil en vieil officier du génie, il était doucement éliminé comme un monsieur « voulant se mêler de ce qui ne le regarde pas 3 ».

Ministre des Affaires étrangères enfin, il devait filer en même temps dix négociations délicates.

En Italie, la guerre avait soulevé un mouvement si puissant et si prompt, qu'il était facile de lui reconnaître une longue et persévérante préparation : c'était l'œuvre de la Société nationale, le résultat des conciliabules, au petit jour,

1. D'après une lettre d'Oldofredi à Massari, 17 juillet 1873.

2. Cavour à La Marmora, 5, 7, 15, 18 mai 1859 ; au prince Napoléon, 8 juin 1859. Bismarck, qui pourtant était aux armées près du roi, exhalait de mêmes plaintes pendant les campagnes de Bohême et de France.

3. Expression du roi, d'après un Journal rapporté par Chia'.a, VI, 400.

entre Cavour et La Farina, le travail de leurs nombreux collaborateurs, connus ou inconnus. Sous leurs coups, les trônes s'effondrent.

La Toscane donna le premier exemple d'une révolution nationale, de longtemps organisée, et avec tout le soin que méritait une opération très délicate. Car la maison de Lorraine, installée dans le pays depuis cent vingt ans — saufla parenthèse ouverte par Napoléon, — y avait régné avec une aimable bienveillance, et le grand-duc Léopold, nonchalant, débonnaire, d'esprit étroit mais d'accueil facile, y jouissait d'une popularité de bon aloi : — « son joug est doux et son fardeau léger » — , disait-on avec une nuance d'ironie. Le cabinet, son chef surtout, Baldasseroni, étaient de pure réaction, inféodés à l'Autriche, et c'est par là qu'on attaqua la monarchie. La surexcitation qui, durant les premiers mois de l'année 1859, régna dans toute l'Italie, facilita le travail de la Société nationale ; on était en attente d'un événement que présageaient les discours de janvier, le mariage du prince Napoléon, la tension diplomatique de mars et avril. Ainsi les libéraux de toutes nuances se rapprochaient, des mazziniens déçus venaient à composition, et un grand parti se formait — sous l'influence directe de l'ambassadeur sarde. Boncompagni avait eu quelques scrupules, en février il était venu à Turin et le bruit courait de sa retraite, mais Cavour l'avait remonté et réconforté. Retourné à Florence, il prêchait sur ce thème, que l'indépendance ne pouvait s'obtenir que par l'unité sous les auspices de la maison de Savoie1 : sa parole tomba comme un bon grain dans un terrain bien préparé, et germa richement.

Cependant les événements se précipitaient, la guerre

Page 1