Cavour à Villamarina, 23 mai
4. Malmesbury, Mémoires, 30 avril, 18 mai 1859, p. 287 et 289.
Sésia1 sur la rive gauche du Pô, ne rencontrant point de Français et peu d'Italiens, supposa que les Alliés reprendraient la tactique de Bonaparte en 1796, qui se glissa le long de la rive droite du Pô, traversa le fleuve à Plaisance et prit son ennemie revers. Le général autrichien dépêcha donc un corps d'armée vers le sud, pour que, tournante droite, il poussât une reconnaissance offensive dans la direction d'Alexandrie. La rencontre eut lieu à Montebello le 20 mai, et les Autrichiens trouvèrent une réplique cinglante : la division Forey les repoussa vigoureusement, bataille de quelques heures, sanglante prise de contact.
Cependant Napoléon avait préparé dès la veille une opération de haute stratégie, une audacieuse marche de flanc, conseillée par Jomini : glisser les armées vers le nord, au delà du Pô, puis tourner à angle droit et marcher sur Milan. A la nouvelle du combat de Montebello, il hésite, croyant l'armée autrichienne sur son côté droit; exactement renseigné, il reprend son idée première, mais avec des hésitations, des instructions entrecoupées qui retardent une opération exigeant diligence. « Rien n'est plus déplorable que cette incertitude, grommelait le roi; constamment soumis à des ordres et des contre-ordres, nous courons sans cesse le danger de faire de grosses sottises2. » Mais son adversaire manquait de décision, prenait peur, retirait ses troupes de Verceil. Ce que sachant, l'empereur invita le roi à faire nettoyer par ses soldats le chemin que le gros de l'armée devait suivre : Victor-Emmanuel, tout joyeux de combattre, poussa de l'avant, et heurta vaillamment un corps de l'armée autrichienne près de Palestro; il n'était guère qu'à quinze Uilo-
1. Il tenait encore Verceil, à l'ouest de la Sésia. t. Le roi Victor-hinmanuel à Gavour, 23 mai.
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mètres de ce Novare où il avait fait dans son existence royale de si tristes débuts1, et, les épaules larges, humant l'odeur de la poudre, l'œil en feu, trapu, superbe, il remporta une éclatante revanche : après deux jours de combat, les Autrichiens étaient bousculés et la route de Milan ouverte (31 mai)2.
Napoléon, chef suprême des armées alliées, ne sut pas profiterde ce brillant succès : il laissa, pendant trois jours, Giulay regrouper ses troupes et échelonner sept corps d'armée sur la rive gauche du Tessin; l'empereur donna enfin l'ordre de marcher le 4 juin3 : ce fut la journée de Magenta, bataille de rencontre et d'à-coups, décousue, indécise pendant de longues heures, où le chef de l'armée demeura dans l'ignorance, dans l'irrésolution et dans une sorte de torpeur que les historiens officiels ont baptisée sang-froid ; où les meilleurs généraux prenaient du temps pour rectifier l'alignement; mais où quelques milliers de braves, sur les rives du Naviglio Grande, sauvèrent la gloire des armées et le destin de l'Italie.
Ici encore nulle poursuite, et l'ennemi put se retirer en bon ordre4. Mais, deux jours après, les avant-gardes françaises arrivaient à Milan et le 8 juin l'empereur et le roi y faisaient leur entrée solennelle, sous les acclamations et les fleurs. Le même jour, tous deux lançaient une proclamation aux populations libérées; et les paroles de Napoléon renouvelaient les