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La Tour d'Auvergne à Walewski, 20 juin

comte Walewski (poussé par le duc de Gramont), le prince de La Tour d'Auvergne protesta contre ces atteintes à la souveraineté et à la neutralité pontificales, Cavour répondit avec son bon sourire qu' « il avait la haute approbation de l'empereur... Comment votre ambassadeur à Rome, qui doit connaître à cet égard la pensée de l'empereur, se montre-t-il aussi étonné ' ?» Le noble prince en demeura stupéfait.

Le 11 juillet, Massimo d'Azeglio arrivait à Bologne, muni de belles instructions signées Cavour. Mais, à ce moment, les événements avaient marché.

A la suite de la défaite de Melegnano, les troupes autrichiennes s'étaient retirées, d'ailleurs en bon ordre, pour s'échelonner sur la ligne occidentale du quadrilatère des forteresses. Giulay avait payé de sa situation ses hésitations et son défaut de clairvoyance. L'empereur François-Joseph avait pris en personne le commandement de ses soldats, assisté du vieux maréchal Hess. L'armée avait reçu des renforts, de nouvelles batteries, et le vaste réservoir de l' Autriche-Hongrie était loin d'un complet épuisement.

Pendant que les troupes alliées se reposaient à Milan, Garibaldi guerroyait utilement dans le nord de la Lombardie : avec alternatives de succès et de revers, combattant toujours « admirablement »2 et payant partout de sa personne à la

1. Walewski à La Tour d'Auvergne, 2 juillet et La Tour d'Auvergne à Walewski, 3 juillet 1859. Cpr. Cavour à La Marmora, 6 juillet. « Nous avons fini par nous mettre d'accord avec l'empereur sur la question romaine. Il veut laisser les Marches au pape et lui soustraire la Romagne. L'arrangement me parait acceptable. »

2. Cavour à La Marmora, 28 mai 1859. Le président du Conseil avait détaché auprès de Garibaldi un de ses jeunes collaborateurs, Visconti- Venosla, le futur ministre des Affaires étrangères, et qui épousa la petitenièce du grand ministre.

tête des Chasseurs des Alpes, il suivait le flanc gauche des armées alliées ', entrait le 12 juin à Brescia, poussait avec le général Cialdini une pointe hardie en Valteline et déjà son avant-garde tiraillait sur le Stelvio lorsque les menaces de la Prusse 2, puis l'armistice l'arrêtèrent avant qu'il pénétrât dans le Tyrol.

Les soldats de France et de Sardaigne avaient repris leur avance le 11 juin sur un large front et en direction de l'est. L'empereur Napoléon s'attendait au choc suprême, appelait de toutes parts les forces disponibles, adressait lettre sur lettre à son cousin dont la division ne s'était guère grossie de contingents toscans. Le 18 juin, l'armée était groupée au sud de Brescia; le 22, elle passait la Chiese, qui descend en droite ligne de l'Adamello ; une plaine s'étalait, large de quelque dix kilomètres, fermée à l'est par une ligne de collines que dominait la tour de Solferino, espionne de l'Italie ;les Piémontais, à l'aile gauche, s'engageaient dans les coteaux ; les divisions françaises se répandaient au sud dans la plaine. Le 23, les hauteurs semblaient abandonnées des ennemis.

Dans la journée du 22, une reconnaissance de cavalerie autrichienne avait déterminé, « avec une approximation très suffisante », les emplacements de l'armée française; François- Joseph, qui avait ses troupes bien en main, prêtes à la bataille, se décide à la livrer et porte ses soldats en avant, de façon à occuper le bord occidental des collines et dominer la plaine. Au matin du 24, le combat s'engage, long, dur, acharné ; tandis qu'au nord, dans la région de San Martino,

i. Trevelyan (G. -M.), Garibaldi and the Thousand, 4» éd., p. 82 et suiv. Locatilli Milesi, Garibaldoa Bergamo nel 1859, dans la Rassegna storica del Risorgimento, avril-septembre 1920, p. 441 et suiv.

2. La Tour d'Auvergne à Walewski, 24 juin 1859 ; infra, p. 230 et suiv.

les Sardes luttent avec des fortunes diverses, qu'au sud dans la plaine, deux corps d'armée français sont au plein d'une résistance acharnée, le gros de l'action est porté au centre, pour la possession de la colline de Solferino ; Napoléon a conçu une idée de manœuvre1 : faire effort sur cette hauteur, pour couper l'armée autrichienne et la repousser, vaincue. Les ordres donnés, les régiments partent, livrés à eux-mêmes, et c'est de nouveau une bataille de soldats ; où chaque pouce de terrain est disputé, pris, repris ; où la vaillance des hommes fait plus que la tactique des chefs ; où le succès est forcé par le mordant, la ténacité, l'indomptable énergie de chacun. Un orage éclate, qui interrompt le combat. Qu'importe : marche, tue ou meurs. Les Autrichiens étaient braves et résolus; mais les fantassins de France avaient un allant incomparable. Et quand le soir tomba sur la plaine et les coteaux couverts de cadavres, le drapeau tricolore était sur la tour de Solferino ; l'armée de François-Joseph, en retraite ; la Victoire, aux Alliés.

Le lendemain, on décompta les morts; les pertes étaient lourdes, les soldats épuisés. Pendant que l'armée autrichienne se retirait en bon ordre2 derrière le Mincio, puis derrière l'Adige, pour s'y refaire sous la protection des forteresses, les Alliés prenaient six jours de repos3. Puis ils franchissent le Mincio et les Sardes commencent le 4 juillet le siège de Peschiera, de la forteresse qu'ils avaient déjà enlevée onze années auparavant, et à la veille de la débâcle. Le 6 juillet, les troupes françaises reçoivent ordre de prendre leurs positions pour une nouvelle bataille ; la flotte devait bombarder les forts de Venise.

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