Marquis de Moustier au comte Walewski, 26 juin
avait cédé aux princes désireux de faire la guerre, à la noblesse hostile à toute idée libérale, à des influences diverses1. A quoi donc tendaient d'ailleurs cette mobilisation activement poussée, ces 400.000 soldats allemands sur le Rhin, alors que la France n'avait point la moitié à leur opposer ?
Déjà de sinistres avertissements étaient parvenus à l'empereur : lors de l'avance des Chasseurs des Alpes vers le Stelvio, le ministre de Prusse engagea d'ordre de son gouvernement, « le président du Conseil sarde à veiller avec le plus grand soin à ce que les troupes de Garibaldi ne violent pas le territoire de la Confédération germanique 2 » ; la veille de la bataille de Solferino, l'empereur avait reçu avis que « s'il entrait sur la Vénétie, toute l'Europe serait pour l'Autriche »; la nouvelle était pour le moins exagérée, mais l'ambassadeur français à Berlin ne dissimulait pas que le passage du Mincio par les troupes alliées, — c'est-à-dire leur entrée en Vénétie — « serait le signal d'une crise sérieuse » ; la rivière avait été franchie le 27 juin par le corps Mac-Mahon, et les armements tant prussiens que fédéraux avaient redoublé. Le tsar avait envoyé au quartier général français un de ses aides de camp pour prévenir l'empereur qu'il ne pourrait contenir les impatiences et les colères allemandes. Il n'y avait point à s'y méprendre : une coalition se tramait, telle qu'on n'y pourrait résister; dès le 24 juin, d'après délia Rocca, l'empereur paraissait disposé à traiter et en avertit son allié3.
1. Dépèche du ministère de l'Intérieur, division de la Sûreté générale, au ministère des Affaires étrangères, 2 juillet 1859. Cpr. sur l'opinion publique en Allemagne, Keudell, Bismarck et sa famille, p. 74 : sur les craintes de la cour française. H. de Viel-Castel, Mémoires, V, p. 65 et suiv.