La Tour d'Auvergne à Walewski, 24 juin
6. Général délia Rocca (chef d'état-major général) au prince de Carignan. 24 juin 1859.
La victoire de Solferino avait couvert de gloire les armées victorieuses ; mais le siège de Peschiera puis celui de Vérone seraient opérations longues et difficiles ; les Autrichiens recevaient des renforts ; le cabinet de Saint-James se dérobait ; Berlin souriait aimablement en préparant dans l'ombre l'arme prête à frapper traîtreusement. Le 6 juillet, l'empereur prit sa décision, dont il informa Victor-Emmanuel en présence du maréchal Vaillant1.
A 6 h. 1/2 du soir, il chargea le général Fleur}'- de se rendre immédiatement à Vérone en parlementaire et de remettre à François-Joseph une lettre lui exposant son désir d'éviter de nouvelles effusions de sang et d'épargner à Venise un prochain bombardement ; il proposait donc un armistice pour préparer la paix : « Insistez avec force, disait le monarque à Fleury, et, s'il résiste, déclarez-lui que mes navires ouvriront immédiatement le feu contre les forts de Venise ».
Le général Fleury remit le soir même la lettre de Napoléon à François-Joseph ; vaincu, l'empereur d'Autriche recevait cette demande de son vainqueur, et il avait ses raisons pour l'accepter ; car si l'armée prussienne faisait tourner la roue de la fortune en faveur de l'Autriche, celle-ci perdait son hégémonie en Allemagne, et, pour la retrouver, une longue lutte serait nécessaire : or, les Habsbourg connaissaient de vieille date l'ambition et la ténacité des Hohenzollern. A son tour François-Joseph était dans ce dilemme : sacrifier soit une de ses provinces italiennes, soit sa précellence en Allemagne. Il fit son choix et le lendemain à 7 heures il remit au général Fleury une lettre où il répondait courtoisement que, partageant les désirs de Napoléon, il acceptait l'armistice. Le protocole en fut signé à Villafranca dans la matinée du 8 juillet
1. Massari, Vita di Villorio-Emanuele II, p. 284-lj. La Marmora à Cavour, 8. juillet 1839.
par les maréchaux Vaillant, Hess et le général délia Rocca ; tous combats étaient suspendus jusqu'au 15 août.
L'événement frappa comme un coup de surprise : « C'est se moquer du monde que de faire la paix, criait le général Lebœuf. Pourquoi ? tout allait à souhait, et que vont dire nos alliés à qui nous avons promis l'Adriatique1. » Les Italiens étaient mécontents et leur grand inspirateur plus que nul autre.
Cavour n'ignorait point les efforts du gouvernement de Paris pour déterminer l'empereur à faire la paix 2, les « intrigues diplomatiques » destinées à arrêter immédiatement les hostilités, les menées de la Prusse, révélées par la notification du comte Brassier de Saint-Simon lors de l'avance de Garibaldi, et la mobilisation des 400.000 soldats allemands ; au quartier général, où il s'était rendu le 25 juin, il avait certainement appris de La Marmora et délia Rocca que « l'empereur paraissait disposé à traiter ». Il était donc fort inquiet et disait le 5 juillet à Kossuth : « La diplomatie européenne a grande envie de se mêler de nos affaires et de nous imposer quelque demi-paix de peu de valeur. » Et il annonçait au patriote magyar qu'il voulait se « compromettre » avec lui3. Le 6 juillet, il écrivait encore au marquis Sauli, à Pétersbourg, « qu'en ce moment la médiation ne pourrait avoir que de fâcheux résultats ».
Il n'était point « à la page », dirait-on en langue familière, car il n'avait point contact journalier avec l'empereur, avec lequel il avait eu d'ailleurs maintes difficultés. Il n'était pas au courant des négociations secrètes de Londres. Et, — faut-il s'en étonner ? — il avait l'esprit tourné plutôt vers l'indépen-