‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 168 sur 347 · Cavour au prince Napoléon, 1er juillet · texte numérisé non relu

Cavour au prince Napoléon, 1er juillet

3. Chiala, Politica segreta di Napoleone III e di Cavour, p. 57.

dance italienne que vers la frontière orientale de la France. Il ne s'attendait donc point à l'armistice et quand, le 9 juillet, à Turin, la nouvelle lui en arriva par le roi, par La Marmora, par le prince Napoléon, par un télégramme de Paris, son émotion fut profonde et vive son indignation. Il manda son fidèle Nigra et lui lendit une des dépêches : « Qu'en pensezvous? dit-il. — C'est la paix. — Le croyez- vous vraiment ? — Oui. — Alors partons pour le camp » ; et le même soir il se mettait en voyage accompagné de Nigra et de Bixio, arrivé récemment de Paris1 ; il craignait fort d'être joué, « siré », disait la marquise d'Azeglio2, mais, avant son départ, il télégraphiait encore à Boncompagni, Azeglio, Farini, etc., que « le roi, en participant à l'armistice purement militaire... recommandait d'augmenter l'armée avec énergie, avec sollicitude ».

Il arriva le 10 au matin à Monzambano, où Victor-Emmanuel avait fixé son quartier général : le front soucieux, le ton nerveux, les gestes saccadés, tant la douleur changeait son attitude, il fut introduit auprès du roi : leur entretien dura deux heures et fut très orageux, tempestosissimo, a raconté un journaliste aux aguets3. Certes, la déception de Victor- Emmanuel était amère et vive sa douleur4 : il s'était cru déjà roi de l'Italie septentrionale, « des Alpes à l'Adriatique »,et le fruit de sa victoire était tronqué de moitié ; mais il savait

1. Nigra à Bixio, 9 juillet 1859 : « Cher M. Bixio, Le comte de Cavour me charge de vousdire qu'il passera chez vous aujourd'hui un peu avant 4 heures pour vous emmener avec lui au quartier général. » Bibliothèque Nationale. Fonds Bixio, N. A. F., 22.740.

■2, .Marquise d'Azeglio au marquis Emmanuel, 11 juillet 1859.

3. Carlo Arrivabene, correspondant du Daily News. Ces détails dans Chiala, Lellere, 111, préf. p. 216 et suiv. ; VI, 412 et suiv. Cpr. Roviglio, Vitturio-Emmanuele II, Cavour e i preliminari di Villafranca. Annales du R. ht. tecnico d'Udine, 1912.

4. « J'ai désiré l'armistice, je n'ai pas aimé cette paix », a écrit le roi à son gendre le 26 décembre 1S59.

dominer son mécontentement, avec le sang-froid, la maîtrise qui préparent de nouvelles victoires. Cavour, au contraire, s'emporta, dans un de ces aecès de colère où il n'était plus maître de lui-même1 : monarque et ministre avaient souvent divergé pendant la guerre, et Cavour exhala ses reproches avec une violence que. Victor-Emmanuel eut peine à supporter ; le ministre voulait que le roi refusât de signer les préliminaires de paix, retirât ses troupes derrière le Tessin, déclinât la possession de la Lombardie, ou même abdiquât. Victor-Emmanuel, pensant aux Lombards, repoussait ces solutions extrêmes2. Enfin Cavour sortit : le roi était à bout de patience.

Pendant ce pénible entretien, les négociations avançaient pour assurer la paix. Depuis l'armistice, les deux empereurs avaient échangé plusieurs lettres où le vainqueur faisait trop nettement apparaître son désir, c'est-à-dire son besoin de la paix, laissant ainsi la partie belle au vaincu. Dans cette journée du 10, une entrevue personnelle entre eux fut décidée, ainsi que faisait Napoléon, le grand, mais d'une autre manière. Le monarque français en avisa son allié le soir même.

Le lendemain matin3, M juillet, il quitte à cheval son quartier général de Yaleggio pour se rendre à Villafranca où François-Joseph arrive de Vérone ; les deux souverains s'accostent avec courtoisie et se retirent dans une modeste maison de campagne; quand ils se séparent, une heure et demie après, les grandes lignes de leur accord sont arrêtées.

4. Chiala, Le collere e i bronci del conte di Cavour, dans Letlere, II, p. 41-1 et suiv.

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