Massari, Vita di Vittorio-Enianuele II, p
3. Important récit du prince Napoléon. Les Préliminaires de la paix, jl juillet 1859, dans la Revue des Deu.r Mondes, {<" août 1909.
LA GUERRE D'ITALIE -2ôï
Napoléon rentre à Valeggio où Victor-Emmanuel le rejoint; en présence du prince Napoléon, cousin de l'un, gendre de l'autre, l'empereur expose les grandes lignes du traité ; le parti de Victor-Emmanuel est pris, avec regret, sans éclat, en public du moins; — galant homme, il exprime à son allié sa reconnaissance de ce que celui-ci a fait pour la cause italienne et ajoute qu il peut compter sur sa fidélité dans toutes circonstances. Napoléon écrit lui-même un projet de convention, et, pour le porter à François-Joseph, désigne le prince Napoléon : celui-ci se récrie, puis accepte. Le soir même, à Vérone, dans un long entretien avec le monarque autrichien, les détailsdes préliminaires sont arrêtés, chaque terme pesé minutieusement; quand le prince rentre vers minuit à Valeggio, le texte est définitif.
Les deux empereurs favoriseront la création d'une Confédération italienne, qui sera sous la présidence du Saint-Père. François-Joseph cède à Napoléon ses droits sur la Lombardie, à l'exception des forteresses de Mantoue et de Peschiera. L'empereur des Français remettra les territoires cédés au roi de Sardaigne. La Vénétie fera partie de la Confédération tout en restant sous la couronne de l'empereur d'Autriche. Le grand-duc de Toscane et le duc de Modène rentreront dans leurs Etats (il n'était mot de la duchesse de Parme, ce qui permettait de croire à l'annexion de son État au Piémont). Le Saint-Père sera sollicité d'introduire dans ses États les réformes indispensables. Amnistie entière est accordée aux personnes compromises dans les derniers événements.
Lorsque Victor-Emmanuel eut connaissance de ce texte, il perçut aisément combien peu on tenait les promesses faites au début de la guerre, et quelles difficultés naîtraient de cette imprécise rédaction. Son mécontentement était si vif, qu'il hésitait à donner son approbation au traité, et c'est Tempe-
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reur1 qui lui conseilla de signer avec cette réserve : « Je ratifie en ce qui me concerne ». Il signifiait par là qu'il n'avait point à accepter le traité pour les questions qui ne le touchaient point directement et il réservait ainsi sa liberté d'action dans les « choses » d'Italie2.
Et Cavour? Pendant deux jours il erra comme une âme en peine de Valeggio à Monzambano, tenu à l'écart de négociations auxquelles il était aussi intéressé que nul autre; il vit le prince Napoléon, et leur entretien fut vif — moins pourtant qu'avec le roi ; il eût voulu avoir audience de l'empereur ; mais celui-ci éluda toute demande3. « Le comte est très irrité, dit-il, je le comprends, j'excuse son état d'âme, car il est profondément chagriné de voir tronqués ses desseins politiques. Mais dans ce monde on ne peut toujours obtenir ce que l'on désire... Dans l'organisation actuelle de ses forces, la France est dans l'impossibilité de soutenir une double guerre sur le Rhin et sur l'Adige... Je verrai volontiers le comte à Milan, mais à condition qu'il ne revienne pas sur le passé4. »
Dans la nuit du 1 1 au 12, Cavour connut, par le roi semblet-il, le texte définitif des préliminaires, et annonça sa retraite ; il ne voulait pas demeurer ministre avec une pareille paix ; le 12, après un nouvel entretien avec Victor-Emmanuel et le prince Napoléon, il partit pour Turin, le cœur navré. Sa démission était officielle.
1. Le point est bien établi dans une lettre de La Marmora à Cavour, 13 juillet 1859. Bolléa, Una Silloge di Lettere, p. 170.
2. Zanichelli, Cavour, p. 342 ; Masi, Risorgimento, If, p. 492.
3. Napoléon avait d'abord pensé recevoir Cavour, ainsi qu'il résulte d'un billet au prince, daté du 9 juillet. Comandini, Il principe Napoleone, p. 178.
4. Bianchi, Storia documentata, VIII, p. 139-160. Lorsque Cavour eut donné sa démission le 12, Napoléon lui fit exprimer son regret de le voir quitter le ministère. La Marmora à Cavour, 13 juillet.
Il souffrait profondément, et pendant plusieurs jours il exhala sa colère avec amertume, avec violence. « Votre empereur m'a déshonoré, disait-il à M. Piétri devant Kossuth ; oui Monsieur, il m'a déshonoré... mais je vous le dis, celte paix ne se fera pas! ce traité ne s'exécutera pas, je prendrai par une main Solaro délia Margherila, par l'autre Mazzini, s'il le faut. Je me ferai conspirateur. Je me ferai révolutionnaire. Mais ce traité ne s'exécutera pas. Non, mille fois non! Jamais, jamais1. » Dans cet « état d'âme », il était évident qu'il ne pouvait pas rester au pouvoir.
De ce départ, il était de nombreuses et décisives raisons. Raisons officielles : devenu « la bête noire » de la diplomatie, détesté par Walewski, par Cowley, donnant des cauchemars aux plénipotentiaires autrichiens, il était l'homme le moins apte à obtenir pour son pays des concessions dans les négociations définitives de la paix; sa retraite facilitait la tâche de la politique sarde2. Raisons politiques : le traité portait un grave coup à la politique où il avait poussé son pays depuis de longues années, l'alliance française, la lutte contre la maison d'Autriche, l'invitation à la révolte des petits États de l'Italie; il s'était engagé vaillamment, comme un duelliste se fend « à fond », et ses lieutenants l'avaient suivi dans la péninsule entière. Or, il était « touché » ; en quittant le pouvoir, il ne trahissait point les idées qu'il avait professées, inspirées, imposées, et il n'entendait pas être solidaire de leur faillite3. Raisons personnelles enfin : demeurant au ministère, contresignant le pacte de « demi-paix », il eût été, après ses promesses d'une paix splendide, atteint d'une