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comme j'ai confiance que l'Italie aura toujours un ami en Votre Majesté1 ». Tous deux arrivèrent à Turin le 15 juillet à 6 heures du soir. Dans « l'étal de surexcitation des esprits », on n'était pas sans quelque inquiétude sur l'attitude de la foule à l'égard de Napoléon; de fait, l'accueil fut « parfaitement convenable2». Quelques Italiens autres que de Sardaigne le pressèrent de questions. A son cousin bolonais, Pepoli, qui lui faisait demander si le vote des Romagnes serait respecté : « Oui, répondit-il, si l'ordre n'est point troublé; il n'y aura pas d'intervention ». Au toscan Montanelli, il déclara : « La dynastie de Lorraine ne sera point restaurée par la force et avec un concours étranger ; qu'un gouvernement provisoire s'institue, fasse un plébiscite, en transmette le résultat au Congrès ; je vous promets de le faire soutenir ». Mais comme Montanelli demandait ce qu'il adviendrait si la Toscane se prononçait pour l'annexion au Piémont, l'empereur répliqua : « Impossible3 ».
Cavour, toujours en fonctions de président du Conseil, était à la gare lorsqu'arrivèrent les deux souverains ; il ne parla point à Napoléon et refusa d'assister à l'inévitable banquet4. L'empereur le fit mander dans la soirée, et lui déclara qu' «il ne voulait pas qu'ils se quittassent brouillés; » il justifia la paix par des considérations militaires ; Camille no discuta point et se borna à quelques observations sur le triste sort des pays abandonnés à leurs anciens souverains, Modène,
1. Massari, Vita di Viitorio-Emanuele H. p. 287. Chiala, Leltere, III, préf. p. 226.
2. Le prince de La Tour d'Auvergne à Walewski, lettre du 16 juillet ; dans un télégramme du même jour, il note au départ de l'empereur « l'accueil de la foule le plus chaleureux ». C'est beaucoup dire.
■3. Celestino Bianchi à Boncompagni, 16 juillet 1859. Ricasoli, Lettere, III, 158.
4. Y. le curieux souvenir de Massari, Il conte di Cavour, p. 343.
la Toscane et les Romagnes; Napoléon lui assura qu'il plaiderait leur cause dans le Congrès, qu'en attendant, -ils n'avaient qu'à ne pas permettre aux vieilles dynasties de rentrer1. Sur cette déclaration, les deux hommes se quittèrent. Ils ne devaient plus se revoir.
Le lendemain, de bon matin, l'empereur partit pour la France : en Savoie, à Chambéry spécialement et malgré la mauvaise humeur de l'Intendant, l'accueil des populations fut enthousiaste2.
Cependant le roi devait former un nouveau ministère, tâche difficile, tant la popularité de Cavour était grandie3, etlourde sa succession. Le souverain s'adressa d'abord au comte Arese dont les relations amicales avec Napoléon pouvaient obtenir des concessions en faveur de l'Italie. Le comte ne réussit point et le roi chargea Rattazzi de former le ministère, « seule combinaison possible », écrivait Cavour, qui insistait pour que le général La Marmora prît la présidence et le portefeuille des Affaires étrangères. Cavour semblait se désintéresser des grandes affaires : il n'en était rien; tandis que, comme ministre, il télégraphiait aux commissaires rovaux de Modène, Bologne et Florence de quitter leurs postes, comme citoyen il les incitait à s'opposer même par les armes à toute restauration4. Au plus énergique de tous, à Farini — qui lui avait télégraphié sa volonté de résister « dût-il lui en coûter la vie » — - il répondait : « Le ministre est mort. L'ami vous serre la main et applaudit à la décision que vous avez