W. de La Rive, Le comte de Cavour, p. 301 et suiv
faut marcher et nous marcherons... Eh bien, ils me forceront le reste de ma vie à conspirer! »
A proférer ces paroles hardies, il se remontait lui-même, reprenait goût aux affaires, écrivait à ses amis Castelli, Massari et Farini ; il avait prié le premier de saluer Rattazzi en « l'assurant de son concours en tout et pour tout », promettant ses conseils, si on les lui demandait ; le souple ministre de l'Intérieur ne manqua point l'occasion et dans une habile lettre le consulta sur l'attitude à prendre envers la Toscane, mais le malin Gavour se déroba derrière son ignorance des affaires, « n'ayant pas lu, depuis son départ, un seul journal ni grand, ni petit, ni étranger, ni du pays : félicité sans pareille1 ». Il était bien redevenu lui-même. A la fin d'août, il quitta ses bons cousins, passa quelques jours à Aix-les- Bains et le 31 août arrivait à Turin.
Il n'y passa que quarante-huit heures, s'entretint avec les ministres et constata « que les affaires s'étaient plutôt améliorées2 ». Mais il ne lui convenait pas de faire le vieux Mentor, n'aimant les responsabilités que de ses propres actes; il partit donc pour Léri, prévenant ses amis qu' « il était toujours à portée3 ». Il y tint son domicile pendant plus de quatre mois, ne venant à Turin que sur l'appel du roi ou des ministres, courant à son domaine dès ses explications et ses conseils donnés, se disant bien détaché des choses d'ici-bas, « le seul service que je puis rendre est de me tenir tranquille et obscur'' » ; en réalité, filant un jeu serré et fort.
Léri était devenu un des pôles de l'action nationaliste, —
1. Rattazzi à Cavour, 22 août, et Gavour à Rattazzi, 28 août 1859, d'Aixles-Bains.