‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 176 sur 347 · Gavour à Panizzi, octobre 1859, de Léri · texte numérisé non relu

Gavour à Panizzi, octobre 1859, de Léri

on ne dit pas de la politique sarde, car le maître de céans n'avait point tardé à avoir avec le nouveau gouvernement des difficultés légères d'abord, graves ensuite jusqu'à la sourde guerre ; il trouvait la conduite du cabinet molle et sans dignité, et donnait des conseils qu'on ne suivait pas toujours, ce dont il s'irritait d'autant plus que les amis de Rattazzi avaient entrepris contre le grand déchu une vive campagne que le terrible Brofferio conduisait avec sa véhémence coutumière. Mais tout un parti regardait à Cavour comme à son chef, et, pour l'encourager, Camille tenait une volumineuse correspondance1 : ses lieutenants de la veille, devenus à leur tour capitaines dans la mêlée politique, le mettaient au courant de toutes les nuances du mouvement national, La Farina des succès de la Società, leur œuvre commune, Farini de sa propre activité en Emilie, Minghetti des affaires bolonaises, Castelli des difficultés intérieures, et tous sollicitaient ses directives, sachant bien qu'il reprendrait prochainement le gouvernail. La modeste maison dans les rizières recevait sans cesse quelque visiteur de marque, des diplomates, Stackelberg ou Hudson qui « disait un mal infini des ministres2 », des chefs du mouvement dans l'Italie centrale, Farini et Minghetti à qui le grand homme exposait « ses idées », à larges touches3, le fidèle Castelli qui servait de dernier trait d'union (si l'on ose dire) entre les ministres et leur prédécesseur, jusqu'au maestro Verdi, délégué de Modène, qui ayant vu le roi de Sardaigne, voulait visiter aussi l'animateur de l'Italie nouvelle. Et Cavour remonté, rajeuni, ragaillardi, ne pensait plus à abdiquer. « Je n'ai pas renoncé à la politique, écrivait-il, je l'aurais fait si l'Italie était libre ; car alors ma lâche serait

i. Cette correspondance dans les tomes III et VI des LeCtere.

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