M. Minghetti, Diario, 27 octobre
accomplie. » Poussant de-ci, piquant de-là, il attendait son heure, et non sans impatience, en surveillant le cours des choses.
Les peuples ont la destinée qu'ils méritent : l'Italie a fait la sienne en dix-huit mois. Au lendemain de Yillafranca, la Lombardie était heureuse, car affranchie ; la Sardaigne, point satisfaite, quoique acquérant une superbe province, mais ayant eu de plus vastes ambitions ; les quatre États ou provinces du centre, Toscane, Parme, Modène etRomagnes, très mécontents, le traité les remettant sous le joug des souverains qu'ils avaient chassés ; ils ne se bornèrent point à de stériles jérémiades, mais prirent l'initiative de la résistance, avec hardiesse, menaçant de la force si on voulait les mater par la force. Ils ne trouvaient à Turin qu'un faible appui : le nouveau cabinet hésitait, divisé en lui-même, La Marmora et Dabormida étant de braves militaires, mais sans offensive politique ; Rattazzi, très intelligent, mais trop subtil, flatteur, impressionnable et changeant1 ; ainsi, advint-il que pendant « l'éclipsé cavourienne- », ce furent de « très excellentes citrouilles qui furent arbitres d'une des positions les plus belles mais les plus difficiles où ait jamais passé lTtalie" ». Le roi Victor-Emmanuel avait une autre allure et encourageait discrètement les quatre États du centre à la résistance. Alors ceux-ci pratiquèrent l'excellente politique du fare da se.
Une même pensée dirige ces gouvernements : que l'union
1. Rul'fini, Il Brofferio e il Guerrazzi contro il conte di Cavour, dans la Nuova Antologia du 16 octobre 1920, p. 318-319.
2. Ou, comme dit Masi, Nell'Ottocenlo, p. 263, « pendant l'interrègne rattazzinien ».
3. M. d'Azeglio à son neveu Emmanuel. Zanichelli, Cavour. p. 3j1.
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avec le Piémont soit prononcée non par une décision de cabinet ou un acte diplomatique, mais par les peuples euxmêmes, maîtres de leur avenir. A une telle volonté ne pourront s'opposer ni Napoléon, devenu empereur sur un plébiscite après un coup de force, ni l'Angleterre où le nouveau cabinet whig a trop le respect de l'opinion publique ; les autres « tyrans » ne sont point à redouter ni à ménager. Ainsi décide-t-on d'inviter les populations à se prononcer elles-mêmes par le mode des élections.
En Toscane, le calme s'était vite rétabli1, sans que rien fût d'ailleurs changé à la ferme volonté du peuple de ne plus revoir aucun de ses anciens princes. Le parti dynastique était tout petit, sans influence aucune ; il avait fondé quelque espoir sur l'influence de Napoléon III, lequel estimait, le vieux Léopold ayant abdiqué, « qu'il était dans l'intérêt véritable des Toscans de rappeler eux-mêmes le grand-duc héritier2 ». Mais le colonel Cipriani, ami personnel de l'empereur, télégraphiait de Florence : « J'ai vu tous mes amis, les hommes les plus haut placés dans toutes les villes de la Toscane ; j'ai sondé si le retour de la dynastie de Lorraine était possible; on m'a répondu à l'unanimité : par la force, oui; rappelé par nous, jamais3. » Cette solution écartée, quelle autre adopter? Mazzini avait bien envoyé quelques émissaires pour proposer son gouvernement, mais il ne pouvait rien espérer sans une nouvelle révolution. A la fin de juillet, un certain nombre de Florentins, fiers de l'indépendance séculaire de la Toscane, redoutant la novation de sa splendide capitale en simple préfecture, désiraient que le duché conservât son autonomie ou
1. Ferrière Le Vayer à Walewski, 16 juillet 1859. ~2. Walewski à La Tour d'Auvergne, 23 juillet 1859. 3. Cipriani à La Tour d'Auvergne et La Tour d'Auvergne à Walewski, 29 juillet 1859.
mieux se muât en royaume de l'Italie centrale. Mais l'opinion populaire s'affirmait avec force pour demander l'union, moins au Piémont qu'à la monarchie italienne de Victor-Emmanuel ; la municipalité de Sienne avait pris l'initiative de la réclamer, immédiatement suivie par Lucques, puis par d'autres, et le mouvement allait croissant chaque jour, vigoureusement encouragé par Ricasoli.
Cet homme de forte décision n'avait point hésité : dès le départ de Boncompagni, il avait pris la dictature, pour ne la rendre qu' « à ce grand roi que la Providence semble avoir envoyé pour faire grande l'Italie' », et l'aimable mais très catholique Reiset, missionnaire de l'empereur, lui ayant soulevé quelques objections, ces deux gentilshommes s'étaient « furieusement » disputés2. Sous cette mâle poussée, « les neuf dixièmes du pays étaient pour Victor-Emmanuel » ; Ricasoli fît procéder à l'élection d'une Assemblée constituante qui, rapidement réunie, sans hésitation ni contestation, proclama la déchéance de la dynastie de Lorraine et la soumission de la Toscane à la maison de Savoie (20 août). Une délégation devait à bref délai porter ces délibérations au roi Victor-Emmanuel.
A Modène, les choses avaient suivi même cours, et plus simplement encore. Farini, rappelé par le cabinet sarde, avait, en fonctionnaire docile, remis ses pouvoirs au municipe, mais, peu de jours après, les avait repris à titre de dictateur : il sortait par une porte pour rentrer par une autre. Il convoqua les électeurs, réunit la Constituante qui confirma la
i. Ricasoli à G. Bianchi, 17 juillet 1859. Lettere di Ricasoli, III, 166.
2. Reiset, Mes souvenirs, t. III, p. 40. Il est à remarquer qu'à cette époque, Cavour, naturellement porté à l'union de tous les Etats italiens sous le sceptre de Victor-Emmanuel, acceptait « une transaction reposant sur l'institution à Florence d'un gouvernement sur des bases larges et libérales, sans liens avec l'Autriche ». A G. Massari, 9 août 1859.
déchéance de la maison d'Esté et l'annexion au royaume de Victor-Emmanuel (21 août)1. Conformément à la formule d'usage, Farini « restait chargé des affaires courantes », en attente des événements.
A Parme, la situation se présentait un peu plus compliquée : tout le monde y était, k depuis le plus grand jusqu'au plus petit », dans le mouvement italien, et réclamait avec passion, voire avec violence, l'annexion au Piémont2. Les préliminaires de Villafranca, qui stipulaient le retour des souverains à Florence et Modène, étant muets sur Parme, tous en concluaient que les Hautes Parties Contractantes avaient abandonné la duchesse à son malheureux sort et son duché au Piémont ; non sans raison, ce postulat semblait l'évidence même. Telle n'était pourtant point l'opinion, sinon de l'empereur, dont les déclarations intimes étaient équivoques, du moins de son ministre des Affaires étrangères, et, dans une dépêche de ton altier, le comte Walewski signifia que « cette combinaison serait sévèrement jugée avec une unanimité qu'il n'est plus permis de contester » ; il demanda donc au gouvernement sarde de rappeler son commissaire de Parme aussi bien que des trois autres duchés et province, ajoutant : « Nous désirons apprendre prochainement que les ministres du roi n'ont pas hésité à se conformer au vœu du gouvernement de Sa Majesté Impériale. » (19 juillet.) Précisément les ministres du roi hésitaient beaucoup, redoutant de froisser l'opinion publique, dont la conviction était faite ; mais Walewski insistait"; alors, avec plus d'habileté que décourage, Dabormida demanda au cabinet français de lui forcer la main, « en autorisant son représentant à lui remettre une