Cavour à E. de La Rue, 27 août 1S
2o6 CAVOUR
l'empereur n'eût point accordée; le Saint-Père ne pouvait donc qu'adresser à tous les échos européens de véhémentes mais inutiles protestations, pendant qu'un nouveau gouvernement s'organisait dans le pays. Massimo d'Azeglio parti, — et on lui a parfois reproché la rapidité de ce départ1, — il y eut d'abord quelque flottement, son chef d'état-major, à qui il avait remis la suppléance, n'étant point de taille à dominer de si hautes difficultés ; Pepoli, cousin de Napoléon III, Minghetti, la veille secrétaire général auprès de Cavour, et quelques autres hommes de bonne volonté prirent la direction du mouvement national, mais bientôt un homme de forte poigne fit ici ce que faisaient Ricasoli à Florence, Farini à Modène et Parme, — le colonel Cipriani : né en Toscane, mais de caractère trop ardent pour se contenter du dolce vivere, il avait vécu une jeunesse de voyages et d'aventures; en 1848, il avait pris part aux combats politiques et militaires; lors de l'effondrement de 1849, il s'était retiré en Amérique, d'où il était revenu pour la grande guerre ; entre temps, il avait contracté avec Napoléon III des relations amicales et confiantes; au début d'août et à la demande des « directeurs provisoires2 », il prit la dictature dans les Romagnes, et tout roula. L'opinion publique était nette et forte, elle voulait l'unité nationale et Reiset écrivait, à regret, de Bologne même : « Nulle puissance humaine n'arrêterait le courant qui entraîne malheureusement à l'annexion3 ». Cipriani convoqua les électeurs, et la Constituante des Romagnes à son tour vota sans peine la déchéance du pouvoir pontifical, puis l'annexion à la monarchie de Victor-Emmanuel.
Ainsi, dans les quatre États de l'Italie centrale, les peuples