La Tour d'Auvergne à Walewski, 29 et 30 août 18S
2. D'après une lettre de Napoléon III au comte Arese, 5 septembre. Cpr. 1 empereur Napoléon III au roi Victor-Emmanuel, 3 septembre 1859. bianchi, Storia documentata, VIII, p. 217.
260 GAVOUR
Arese revint à Turin peu avant qu'y arrivassent les délégués toscans. Une réception enthousiaste accueillit ces derniers le 3 septembre, toutes les autorités à la gare, la foule acclamant dans les rues, les maisons pavoisées et illuminées. Le roi les reçut en grande pompe et à l'allocution du comte Ugolino délia Gherardesca qui lui offrait l'annexion, il répondit par les paroles convenues à Saint-Sauveur : remerciements émus; nécessité, avant d'accepter, de négocier sur l'organisation définitive de l'Italie. Et il continua en ces termes : « Secondant votre désir, fort des droits (le mot est significatif) qui me sont conférés par votre vote, je combattrai la cause de la Toscane au milieu des Puissances... et surtout auprès du généreux empereur des Français qui a tant fait pour la nation italienne. » Paroles mesurées, prudentes, qui déçurent les ardeurs toscanes et mécontentèrent fortement l'Autriche, que Napoléon avait annoncées à son ministre comme un « refus conditionnel1 » et qui pouvaient aussi bien, — ou même plutôt, — passer pour une acceptation sous condition. Avant de quitter Turin, les Toscans ne manquèrent point de se rendre chez Cavour qui les accueillit avec sa bonhomie insinuante et sa forte conviction; il avait, par une délicate intention2, fait illuminer le buste que les Toscans lui avaient offert en 1856 avec la devise qui avait indigné l'Autriche : « A colui che la difese a viso aperto3 ». Il comptait encore la défendre à visage découvert... et même masqué.
Peu de jours après, paraissait dans le Moniteur l'article annoncé par l'empereur à son ami. C'était une longue mer-
1. Le comte Walewski télégraphiait le 3 septembre : « L'empereur m'écrit que la réponse du Piémont sera un refus conditionnel jusqu'à la réunion du Congrès. »