‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 189 sur 347 · La Tour d'Auvergne à Walewski, 5 cl 10 novembre · texte numérisé non relu

La Tour d'Auvergne à Walewski, 5 cl 10 novembre

conseil exceptionnel auquel seraient appelés MM. d'Azeglio, Cavour et Boncompagni.

Ce conseil se tint le 11 novembre et la discussion y fut longue et animée1. Les anciens présidents critiquèrent avec amertume la politique du général Dabormida, faible, pusillanime, subordonnée à la volonté de la France ; s'il n'était plus possible, après avoir consulté l'empereur, de ne tenir aucun compte de ses conseils, il était indispensable, pour sauver le prestige du roi, de faire quelque chose. Cavour proposa « un expédient qui pouvait tout sauver » : en remerciant de la marque de confiance qui lui était accordée par les peuples de l'Italie centrale, le prince de Carignan déclarerait qu'en raison des « puissants conseils » donnés au moment où le Congrès allait se réunir, il ne pouvait exercer le mandat qui lui était confié, mais qu'il désignait Boncompagni2 pour assumer provisoirement la régence; afin de donner quelque satisfaction au gouvernement français, on rappellerait Garibaldi des Légations. Rattazzi, le premier, accepta cette combinaison que Dabormida combattit avec force, prévoyant qu'elle serait mal accueillie au quai d'Orsay, et, constatant que la majorité du Conseil s'y montrait favorable, il offrit sa démission. Fort embarrassé, le président La Marmora se rendit auprès du ministre de France, qu'il mit au courant de l'incident, insistant sur la nécessité de faire quelque chose en faveur de l'Italie centrale ; le prince de La Tour d'Auvergne, redoutant une crise ministérielle, se borna à des recom-

1. Je me réfère à ce sujet a la correspondance de Ricardi avec Peruzzi et Minghettij de Cavour avec La Marmora et Castelli, et à cinq télégrammes ou dépèches de La Tour d'Auvergne à Walewski en date des 11, ïi, 14 et 13 novembre 1859.

2. D'une lettre de Cavour à La Marmora, datée du 12 novembre, on peut déduire que Cavour ne donna point le nom du lieutenant du prince sur le champ, mais le lendemain seulement.

mandations assez vagues. Le lendemain, les pourparlers reprirent en l'absence de Gavour, retourné à Léri; finalement, Dabormida se résigna, et accepta la « combinaison cavourienne » ; le roi revenu de la chasse, le prince de Carignan, Minghetti et Peruzzi, tous s'y rallièrent; et le 14 novembre, ayant reçu les deux délégués, le prince leur remit la l'éponse convenue puis transmit ses pouvoirs à Boncompagni.

Or, il advint que si Garibaldi accepta sa « mise en réserve spéciale1 », deux oppositions se produisirent dont l'une n'était point attendue. La riposte prévue vint de Walewski ; il avait, conformément à la demande du cabinet sarde, fait insérer au Moniteur an 12 novembre une courte note déclarant « regrettable » la proposition des assemblées de l'Italie centrale ; et la protestation à peine insérée, il recevait la nouvelle d'une combinaison qu'il tenait pour « l'équivalent de l'acceptation du prince de Carignan. Personne ne peut s'y tromper. » Il s'énerva, mécontent d'ailleurs de se sentir chaque jour moins soutenu par son maître, et il envoya à Turin un télégramme d'un ton tel que La Marmora et Dabormida menacèrent de donner leur démission ; le prince de La Tour d'Auvergne dut user de tout son liant pour les calmer'2. L'autre résistance vint de Ricasoli ; dès le 14 novembre, cet homme de caractère entier avait télégraphié qu' « il ne pouvait pas accepter le projet Boncompagni. Il faut le Prince ou rien. » On dut négocier un mois pour le rallier.

Enfin tout s'arrangea ; vers la fin de novembre, l'empereur, « à la suite des explications données, s'était convaincu de la nécessité de la nomination de Boncompagni3 », désavouant

1. Walewski à La Tour dAuvergne, 14 novembre 1859, 10 h. 35 soir, de Gompiègne.

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