Cavour à Castelli, 15 novembre
2. Cavour à La Marmora, 16 juillet 1859. « Si nous empêchons les restaurations avant le Congrès, beaucoup est gagné », ajoutait Cavour.
suscité de telles espérances que la note au Moniteur du 11 septembre avait cru nécessaire de les dissiper : « Nous doutons fort, y était-il écrit, qu'un Congrès obtienne de meilleures conditions pour l'Italie » que celles contenues aux préliminaires de Villafranca. D'ailleurs aucun Congrès n'était possible avant que les puissances belligérantes eussent signé directement la paix entre elles.
A la fin d'octobre, lorsque l'état des négociations à Zurich permit de croire à la proche signature du traité, on se préoccupa fort, dans les chancelleries, de l'inévitable réunion. A Turin, on comptait sur la bienveillance de la Prusse et de la Russie et sur l'appui de l'Angleterre, qui « encourageait les Italiens, les protégeait et prétendait les sauver des erreurs de Villafranca1 ». Pour maintenir ces excellentes dispositions, Cavour écrivit le 24 octobre à Panizzi, directeur du Brithh Muséum, une longue lettre destinée moins à son « très cher » ami qu'aux Anglais qui en recevraient communication : c'était un mémorandum tout préparé pour le futur représentant de la Sardaigne devant le tapis vert : « Le Congrès européen, y était-il écrit, est une nécessité de toute évidence, car sans lui on expose l'Italie centrale aux plus graves périls ; or, il n'est qu'un principe à y adopter, le respect des vœux des Italiens ; les puissances ne peuvent donc imposer par les armes une forme quelconque de gouvernement ; et, spécialement, la conduite de l'Angleterre ne peut être douteuse : elle proposera d'abord que les vœux légalement exprimés par les populations reçoivent la sanction de l'Europe. Cette proposition rejetée, elle demandera que les peuples soient interrogés au suffrage universel sous le contrôle des
1. L'impératrice Eugénie au comte Arese, 26 août 1839. Pagani, Napoleone III, etc., loc. cit., p. 16. Cf. Signoretti, La politica inglese..., loc. cit.. p. 241 et suiv.
représentants du Congrès. Cette motion trouvera l'appui de la France et sera probablement acceptée l. » Cavour connaissait-il par Hudson les intentions du cabinet de Londres0 sa proposition fut-elle soumise par Panizzi au Foreign Office ? le fait est que telle fut exactement la politique anglaise.
La signature du traité à Zurich, le 10 novembre, permettait la réunion des plénipotentiaires européens, et l'incident de la « régence » démontrait l'urgence de cette convocation si l'on ne voulait pas que le Congrès se trouvât devant un fait accompli. Dès le 21 novembre, le comte Walewski annonçait à son représentant à Turin « la réunion en Congrès des puissances signataires de l'acte général de Vienne pour prendre communication des traités de Zurich et pour délibérer sur les moyens les plus propres à fonder la pacification et la prospérité de l'Italie sur des bases solides et durables » ; il était indispensable que « les cours de Turin, Rome et des Deux-Siciles, directement intéressées à ces négociations, y envoyassent des plénipotentiaires2 ». C'était la convocation officielle.
Le Piémont ne pouvait qu'accepter une telle invitation; mais quel délégué enverrait-il ? Un homme s'imposait, par son passé, son rôle au Congrès de Paris et dans la préparation de la guerre, sa situation en Italie et en Europe : Cavour. Dès le 7 septembre, Villamarina, qui n'était point de ses intimes, lui écrivait : « Je ne vois pas d'autre personne chez nous qui soit à la hauteur d'une pareille mission ». « Personne ne croit que le Piémont puisse choisir un autre représentant que Cavour », déclarait Vimercati en mission aux Tuileries3. Et c'était bien l'avis unanime à Paris même, d'où l'on
1. Chiala, Lettere, III, p. 140. La lettre, fort développée, est des plus habiles.