Farini à Minghetti, 27 décembre
officielle de la France. Car tout en se disant « catholique sincère », l'auteur de la brochure démontrait avec simplicité que l'intérêt du pape était de perdre son domaine temporel, à l'exception de sa capitale. « Plus le territoire sera petit, plus le souverain sera grand. » Le vicaire de Dieu ne peut avoir un Etat comme un prince vulgaire; son pouvoir ne peut être que paternel; « il doit vivre sans armée, sans représentation législative et, pour ainsi dire, sans code ni justice ». Qu'il conserve Rome et un revenu assuré par les États catholiques; « le reste n'est que secondaire » . Le « reste » , — c'est-à-dire les Légations, les Marches, l'Ombrie, etc., — le Congrès l'attribuera, le « transformera » pour le plus grand bien du Saint-Père, de l'Église, de l'Italie, de l'Europe.
La lecture de ces pages révolutionnaires produisit un effet de stupeur dans les milieux diplomatiques, de colère à Pvome et dans le monde clérical, d'allégresse dans le parti national en Italie. « Elle met ici à tout le monde le diable au corps», écrivait Massimo, de Gênes1; et Farini de manderai! prince Napoléon : « Le dessein esquissé dans l'opuscule vaut pour l'Italie une autre bataille de Solferino2 ».
La publication de 1' « immortelle brochure » , — l'expression est de Cavour3, — la révélation des sentiments intimes et des projets de l'empereur étaient lourdes de conséquences. Elles soulignaient fortement le désaccord entre le monarque et son
1. M. d'Azeglio à E. Rendu, 10 janvier 1860. Le rapport du grand prévôt de l'armée française en Italie, en date du o janvier, constate « l'empressement a et « l'enthousiasme » de l'accueil fait à la brochure en Lombardie.
2. Farini au prince Napoléon, 2S décembre 1859, 12 janvier 1860. Comandini, // principe Napoleone..., p. 179, 181. Cavour emploie presque la même expression dans une lettre a son cousin W. de La Rive, du 7 janvier 1860: « Je pardonne à l'empereur la paix de Yillafranca: il tient de rendre à l'Italie un service plus grand que la victoire de Solferino.» Cpr. Iîeyen?, Le Second Empire vu par un diplomate belge, 1925, I, p. 191.