Masi, NeU'Oilocento, p
arrivaient à Turin de toutes les parties libres de la péninsule. Mais les particularistes et les cléricaux étaient en fureur, à Rome plus que partout ailleurs; la « fameuse brochure » (comme on disait dans les salons parisiens en visant Le Pape et le Congrès1-), puis la lettre du 31 décembre avaient excité au Vatican une véhémente colère qui s'exhala dans l'encyclique du 19 janvier; le gouvernement de Turin, sachant qu'il en était cause, tenta de tout concilier mais avec une telle maladresse qu'on peut se demander si elle n'était point voulue ; un prêtre disert et insinuant, l'abbé Stellardi, qui avait fait en septembre un voyage mystérieux à Rome, y fut renvoyé au début de février pour apporter au pape une lettre du roi; avec les formes du plus profond respect, Victor-Emmanuel y soumettait à Pie, une idée, fort simple d'ailleurs, qui, dégagée des formules préparatoires, se résumait en ces mots : céder au Piémont non seulement les Romagnes, mais aussi les Marches et TOmbrie; le Saint-Père répondit avec onction qu'une telle idée n'était « digne ni d'un roi catholique ni d'un roi de la maison de Savoie2 », et le Vatican fit connaître la lettre royale au gouvernement français; d'où indignation du quai d'Orsay contre ces cachotteries et manœuvres, susceptibles « de multiplier les complications3».
A Xaples on était convaincu que la démarche était inspirée par l'empereur *, et fort inquiet de voir arriver les Piémontais en si proches et remuants voisins; le jeune roi se débattait dans les difficultueux débuts d'un règne qui fut aussi court que pénible. De Vienne, on ne pouvait attendre que mauvaise
1. Comte H. de Yiel-Castel, Mémoires, 29 décembre 1859, t. V, p. 221.
2. Victor-Emmanuel a Pie IX, 6 février; le pape au roi. 14 février 1860.