‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 202 sur 347 · Le prince Napoléon à Cavour, 31 janvier · texte numérisé non relu

Le prince Napoléon à Cavour, 31 janvier

résolut de jouer un grand coup. Il n'avait point, tout d'abord, renoncé à se rendre, quoique ministre, en France et en Angleterre; « un avis venant de la source la plus élevée » lui fit abandonner ce projet1; il prépara dès lors, un changement dans le personnel diplomatique à Paris, pour lui donner plus d'activité, et il remplaça son voyage par une manifestation écrite qui posait fortement, audacieusement, l'attitude que comptait prendre le nouveau gouvernement. Le 27 janvier, il adresse à ses agents diplomatiques une circulaire où il expose à larges traits la situation en Italie, telle qu'elle résulte des derniers événements. « La prorogation du Congrès, la publication de la brochure, la lettre au pape, le rapprochement entre la France et l'Angleterre, ces quatre faits... ont rendu une plus longue attente impossible. — Amplement commentés par la presse de l'Europe, ils ont achevé de convaincre tous les esprits sérieux : 1° qu'il faut renoncer à l'idée d'une restauration qui ne serait pas plus possible à Bologne •et à Parme qu'à Florence et à Modène; 2° que la seule solution possible consiste dans l'admission légale de l'annexion déjà établie, en fait, dans l'Emilie comme dans la Toscane; 3° qu'enfin les populations italiennes, après avoir attendu longtemps et en vue que l'Europe mît ordre à leurs affaires sur la base des principes de la non-intervention et du respect des vœux populaires, ont le devoir de passer outre et de pourvoir par elles-mêmes à leur gouvernement. En présence d'un tel état de choses, les populations de l'Italie centrale sont déterminées à arriver à une solution et à saisir l'occasion propice pour donner à l'annexion une exécution complète et définitive... Le gouvernement de Sa Majesté n'a plus le pouvoir d'arrêter le cours naturel et nécessaire des événements. »

1. Cavour au prince Napoléon, 4 février 1860. Thouvenel à DesAmbrois, 18 janvier 1860. Chiala, IV, préf., p. 8.

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C'étaient là de fières paroles, et de franc jeu. Au quai d'Orsay, elles parurent « regrettables. — Le cabinet de Turin, écrivait M. Thouvenel, devrait non pas précipiter les faits mais les combiner avec nous. En dehors d'une entente complète et bienveillante, tout, je le répète, est périlleux pour la Sardaigne et pour nous1. » Aux Tuileries, la circulaire ne pouvait déplaire, étant inspirée directement de la « brochure ». AuForeign Office, enfin, elle répondait à une récente démarche de lord John Russell.

Le cabinet whig se préparait en décembre à soutenir les revendications sardes au Congrès alors en préparation ' ; celui-ci ayant avorté, lord John présenta, par dépêche datée du 15 janvier 1860, aux ministères de Paris et de Vienne un plan d'action en quatre points : la France et l'Autriche n'interviendraient plus en Italie sauf de l'assentiment unanime des puissances européennes ; — la France évacuerait Rome et la Lombardie ; — l'organisation intérieure de la Yénétie ne serait point matière à négociations internationales; — enfin, et ceci était aussi nouveau qu'important, les divers États et provinces de l'Italie centrale seraient appelés, par un nouveau vote de leurs assemblées et après de nouvelles élections, à déclarer solennellement leurs vœux, et, si ces assemblées se prononçaient en faveur de l'annexion à la Sardaigne, la France et la Grande-Bretagne ne s'opposeraient plus à l'entrée des troupes sardes dans ces Etats, prélude de leur annexion.

En lisant ces propositions, Cavour comprit immédiatement l'effet qu'il en pourrait tirer, spécialement des première et

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