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Thouvenel à Talleyrand, télégramme, 31 janvier

2. Signoretti, La politica inglese durante la crisi resoluliva dell'Unità d'italia, dans la Rassegna storica del Risorgimento. avril-juin 1923, p. 265 et suiv.

quatrième conditions, et ayant reçu de Paris des nouvelles optimistes sur les intentions de Napoléon, crut la partie gagnée. « Ces nouvelles aventureuses, que non sans une profonde émotion je communique à Votre Excellence, écrivait-il à Ricasoli le 1er février, prouvent que l'annexion peut être dite désormais un fait accompli et qu'est réalisée la moitié de nos communs désirs1. » Si nul étranger n'intervenait, le vote des populations était certain et l'annexion tant de la Toscane que de l'Emilie au Piémont était acquise.

En réalité, les choses étaient moins avancées que ne l'écrivait Gavour ; le 29 janvier, Thouvenel avait indiqué à ses agents sa réponse sur les quatre points précisés par l'Angleterre : et si le ministre français acceptait le principe de nonintervention et l'abstention en Vénétie, il mettait en question « l'opportunité » du retrait des troupes occupant Rome et la Lombardie, et sur la quatrième clause, la plus importante, il ajoutait que, « signataire du traité de Zurich, le gouvernement de l'empereur se trouvait moralement obligé, avant de contracter un engagement, de s'expliquer avec l'Autriche... et aussi avec la Prusse et la Russie qui avaient été invitées à participer au Congrès » \ Demander l'avis de l'Autriche et de la Prusse sur la déchéance du grand-duc de Toscane et l'annexion du grand-duché au Piémont, n'était-ce point dérision ?

Lorsqu'il reçut lecture de cette déclaration, Cavour s'en déclara fort satisfait et promit de « s'employer activement à calmer les impatiences. J'y parviendrai dans l'Emilie, ajoutait-il, avec l'aide de M. Farini, plus aisément qu'en Toscane

i. Cavour à Ricasoli, l°r février 1860, même lettre à Farini le même jour. Récemment, il avait écrit à La Farina la phrase célèbre : « Je n'ai point besoin de pression pour aller de l'avant, mais il me serait utile de pouvoir dire que je suis poussé en avant. »

2. Thouvenel à Talleyrand, 29 janvier 1860. Cpr. Thouvenel à Persigny, 30 janvier. Documents diplomatiques, 1860, p. 3 et suiv.

où domine l'esprit actif du baron Ricasoli1 ». Et sa parole était si chaleureuse que le baron de Talleyrand était convaincu de sa bonne foi et de son opportune intervention : le jour même,, Gavour écrivait à Ricasoli et Farini les lettres que nous avons résumées, et qui n'étaient guère calmantes. Quoiqu'il n'y parût point dans sa correspondance, le pénétrant ministre ne s'était point mépris sur la portée exacte de la dépêche française ; il savait par le marquis Pepoli que l'empereur ne voulait point l'annexion de la Toscane au Piémont2... sauf à une condition qui n'était qu'un rappel à une parole échangée une année auparavant : si après la Lombardie Victor-Emmanuel acquérait l'Emilie, les Légations et la Toscane, il constituerait ainsi « le royaume de la Haute- Italie, de onze millions d'habitants environ », prévu par l'article 2 du traité secret en date des 26 et 28 janvier 18593; l'empereur était donc en droit de revendiquer le bénéfice de l'article 3. Et Gavour écrivait au marquis Pepoli : « Le nœud de la question me paraît être non plus dans les Romagnes et dans la Toscane, mais dans la Savoie4 ».

Depuis plusieurs jours, des conversations étaient engagées, concernant « les vœux des populations » à Nice et dans la Savoie.

« Italiennes ni par leur situation ni par leurs tendances, nullement indispensables à la défense de l'Italie », ainsi parlait-on de ces provinces à Turin dès 1849 "a. Tout les portait vers la France : géographiquement, elles étaient séparées de la métropole par la ligne des Alpes, tandis que vers l'Occi-

■1. Talleyrand à Thouvenel, 1er février 1860.

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