‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 204 sur 347 · Supra, t. III, p · texte numérisé non relu

Supra, t. III, p

4. Cavour au marquis Pepoli, à Paris, 4 février 1860 3. Giacomo Durando, Délia nationalità italiana, p.

dent les vallées allaient en s'évasant, Chambéry étant plus accessible de Lyon, et Nice de Marseille que de Turin ; ethnographiquement, le savoisien est de même race et de même tempérament que le dauphinois, le niçois que le provençal ; on ne parlait en Savoie que le français ou un patois local, et Cavour tenait pour certain qu' « on ne trouve la langue italienne que jusqu'à Vintimiglia, le langage niçois n'a qu'une analogie lointaine avec l'italien1 » ; au Parlement de Turin, la plupart des députés d'outre-mont s'exprimaient en français ; et naturellement les lectures, depuis la littérature jusqu'aux journaux, y étaient toutes ou quasi de langue française, au grand avantage de notre culture nationale ; enfin, et surtout, les transactions commerciales se tournaient de plus en plus vers la France, la proximité et la facilité des relations multipliant les échanges, et, par le rapprochement du négoce, préparant l'unité des intérêts et la communauté des pensées. Dès lors, la Savoie et Nice étaient de nationalité française.

L'année 1848 rendit plus intense ce rapprochement par l'identité des aspirations politiques"; il y eut dès lors en Savoie un parti français, point toujours composé des mêmes éléments, car, sous la République, il comprenait les radicaux ou libéraux dont les opinions triomphaient à Paris, — sous l'Empire, les cléricaux qui combattaient les tendances anticléricales de Cavour et de Rattazzi, mais \03raient avec faveur Napoléon s'appuyer en France sur les catholiques et à Rome couvrir de son autorité le Souverain Pontife. A mesure que la politique sarde se faisait plus italienne, que Cavour poussait plus hardiment sa pointe vers le centre de la péninsule, la

1. Cavour à la Chambre des députés, 26 mai 1860. Cpr. Moris, 'Nice, p. 19.

2. Sur l'évolution de la Savoie, Trésal, L'Annexion de la Savoie à la France [1848-1360), 1913, p. 10 et suiv. Pérouse, IS'S en Savoie, dans la Savoie pittoresque et scientifique, 1920, p. 103.

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Savoie et Nice se renfermaient dans un particularisme prêt à tourner au séparatisme : en Crimée, en Lombardie, leurs soldats combattirent avec vaillance, car la race est brave et loyale ; mais plus le Piémont se constituait en royaume italien, noyau futur detltalia terza, plus les deux provinces se tournaient vers la France.

Cavour savait ces choses : « La Savoie est mécontente, disait-il à la Chambre sarde en 1852, nous ne pouvons nous le dissimuler ». Depuis lors le mécontentement n'avait fait que grandir; et il était certain que la population désirait son union à la France, sans savoir encore comment la réaliser. De là, la résignation douloureuse de Cavour, dans les entretiens de Plombières, à subir l'inévitable : l'article 3 du traité secret ; le consentement renouvelé oralement au cours de la campagne en Lombardie.

Le brusque arrêt des hostilités, l'armistice de Villafranca, l'abandon des espérances sur la Vénétie remirent en question le sort des deux provinces. Il est certain que, sur le moment même, Napoléon « renonça à la Savoie et à Nice1 », mais il n'agissait ainsi qu'à raison môme du résultat « tronqué » de la paix, où le Piémont devait se borner à l'acquisition de la splendide Lombardie; et lorsque les votes des duchés, des Légations, de la Toscane, permirent de croire à leur prochaine réunion au royaume de Sardaigne, Napoléon fit allusion devant Dabormida à la cession éventuelle de Nice et de la Savoie, d'un trait rapide, sans insister". Mais, à mesure que le mouvement national acquérait corps et force dans l'Italie centrale, le gouvernement impérial reprenait les projets acceptés par la couronne sarde dans l'acte des 26-28 janvier 1859, et

1. Napoléon III à Persigny, 29 juillet 1S59. Cpr. Chiala, III, préf.,p. 226.

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