Manifestation à Chambéry, 29 janvier 1S
7. Cpr. Thouvenel à Persigny, 4 février 1850. Documents diplomatiques. p. 33.
Le baron de Talleyrand reçoit donc mission d'engager les négociations, mais d'abord par voie toute officieuse et qui ne paraîtra pas dans la correspondance1 ; il est en même temps chargé de remettre à Victor-Emmanuel Une lettre personnelle de Napoléon ; mais le roi est malade, la transmission devra attendre quarante-huit heures. Le 1er février, une conversation amicale se tient dans le cabinet de Cavour : c'est le jour même où celui-ci mande à Ricasoli et Farini les lettres tenant l'annexion pour un « fait accompli » .
Le 3, Talleyrand remet à Victor-Emmanuel la lettre autographe de l'empereur : « Je ne vois, y est-il écrit, que quatre mesures à prendre pour trancher les difficultés présentes sans manquer âmes engagements. La première est d'admettre le principe de non-intervention ; la seconde est de provoquer un vote général des provinces de l'Italie centrale sur leurs destinées futures; la troisième, renoncer hardiment et franchement à tout nouvel empiétement sur les États voisins ; la quatrième, enfin, laisser en Savoie et à Nice la même liberté qu'en Toscane, et se conformer au vœu des populations librement consultées. » Et, après avoir recommandé promptitude autant que résolution, et conseillé une vice-royauté provisoire dans les Romagnes pour ménager la papauté, Napoléon ajoute : « Mon nouveau ministre des Affaires étrangères, qui partage complètement mes idées, se mettra d'accord avec M. de Cavour2 ». Le roi est satisfait et dans le courant de la conversation il admet, « sans y être provoqué, que les vœux des populations doivent être respectés d'un côté des Alpes comme de l'autre; il laissera liberté entière aux populations nizzardes de se prononcer ». A plusieurs
1. Talleyrand à Thouvenel, dépêche officielle et lettre particulière du 1« février 1860.
2. Napoléon III à Victor-Emmanuel II, 27 janvier 1860. Bolléa, p. 177.
reprises, il répète : « L'empereur doit savoir que j'ai toujours été et que je serai à lui dans tout et pour tout l. » Le jour même, il répond à Napoléon : « Je puis assurer Votre Majesté que mon gouvernement ne s'opposera pas à la libre manifestation des vœux de la Savoie et de Nice. Je remercie Votre Majesté des communications bienveillantes que m"a remises son ministre. Le comte Arese portera ma réponse2. »
Dès lors, la négociation est fortement engagée, du libre gré des deux monarques. Mais, malgré cette entente, bien des difficultés restent à aplanir ; en Angleterre, l'irritation croît ; la Suisse va soulever une protestation ; en telle occurrence, il faut entre les cabinets de Paris et de Turin, un négociateur très sûr, plein d'autorité, inspirant confiance réciproque : de là. l'envoi du comte Arese \
Depuis la fin de janvier il avait été sollicité de se rendre une fois de plus auprès de son impérial ami4. Souffrant, il n'a pu partir immédiatement fc. Le 9 février, il reçoit ses instructions : il est chargé, non de tracer les nouvelles frontières, mais d'en esquisser les lignes générales ; il devra réserver au Parlement le droit de sanctionner de son vote la cession des deux provinces transalpines ; il indiquera que son gouvernement a l'intention de faire procéder aux élections dans l'Italie centrale en suivant les dispositions de la législation sarde. Et surtout il exercera son influence personnelle sur l'empereur, au mieux de l'unité italienne 6.
11 arrive à Paris, et à plusieurs reprises s'entretient avec