Cavour au comte Arese, 9 février
Napoléon : il était temps qu1 Arese vint agir sur son ami, car celui-ci avait réduit ses intentions généreuses : il n'acceptait plus la pure annexion de la Toscane à la couronne de Sardaigne, mais pensait préférable d'en faire un État séparé sous le sceptre d'un prince de la maison de Savoie ; cette proposition serait formulée dans une espèce d'ultimatum à l'eau de rose; si le Piémont la repoussait, « on le laisserait courir de meilleures chances à ses risques et périls » ; mais la France retirerait à délai assez bref ses troupes de Lombardie l. Arese envoie ces médiocres nouvelles à son ministre qui vient de partir pour Milan.
Le 15 février, le roi, Gavour, les ministres, la Cour, le corps diplomatique, bref tout Turin s'est transporté dans la capitale de la Lombardie où les reçoit le gouverneur qui n'est autre que le brillant Massimo d'Azeglio, et pendant quelques jours, qui coïncident heureusement avec le carnaval, les fêtes se succèdent, splendides, prolongées, au désespoir du roi, qui les a en horreur, à la joie de Gavour, en qui le mondain survit. Mais ni les dîners de gala, ni les bals, ni les raoûts, même point de courts voyages à Brescia, à Crémone, à Bergame, n'arrêtent les négociations, et jusque dans la nuit le ministre de France vient soumettre au président sarde les avertissements arrivés de Paris2. Cavour suffit à tout : et,
1. Cavour à Nigra, 16 février; à Fanti, 18 février 1860 ; Arese à Gavour, 21 février 1860.
2. Comte d'Ideville, Journal d'un diplomate en Italie, p. 10. D'après cet auteur, M. de Talleyrand aurait reçu dans la nuit un télégramme urgent avec ordre de le communiquer sur-le-champ à Cavour, annonçant les ordres de départ donnés à nos troupes d'occupation et invitant le ministre de France à reprendre, dans le plus bref délai, les négociations au sujet de Nice et de la Savoie. — Je n'ai pas trouvé l'original de ce télégramme et l'analyse de M. d'Ideville ne semble pas exacte, car les négociations sur Nice et la Savoie étaient reprises depuis plus de quinze jours; si le cabinet de Paris avait bien parlé du retour des troupes françaises, et Cavour le savait dès le 16 février par Nigra, les ordres de départ ne furent donnés qu'un mois plus tard.
« allègre comme un poisson » ', il assiste l'âme en joie aux réceptions « enthousiastes d'une population ivre de joie et de reconnaissance » 2 ; il adresse presque journellement à Nigra, au comte Arese, ses recommandations de tenir ferme ; « plutôt que de repousser les vœux des Toscans, écrit-il, je suis disposé à déclarer seul la guerre à l'Autriche », et déjà il annonce qu'il va mobiliser quatre classes J. Aux bals de la cour du gouverneur, de la ville, il cause, sourit, coquette avec les jolies milanaises, s'esquive pour télégraphier au baron Ricasoli : « Moment prendre décision approche, pas encore arrivé : comptez sur mon dévouement et au besoin même sur l'audace ».
Tenace, énergique, subtil tout ensemble, il va suivre deux négociations qui s'enchevêtrent4 : l'une relative à l'Italie centrale, l'autre à Nice et à la Savoie, qu'il faut distinguer pour les mieux analyser, mais qui se complètent l'une l'autre et qui, fermement dirigées, lui donneront la victoire en un mois.
Le mouvement unitaire avait réalisé dans l'Italie centrale de constants progrès; dans les duchés et les Romagnes, l'assimilation au royaume sarde était faite dans les lois comme dans la volonté populaire, et l'annexion se bornerait à la con-