‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 211 sur 347 · Cf. Supra, p · texte numérisé non relu

Cf. Supra, p

28 février au soir, lui donna lecture de la première dépêche et lui développa l'essentiel des quatre autres. L'entretien ne dura pas moins de deux heures, et Gavour ne « put cacher la pénible impression que lui causaient les propositions » de la lettre officielle ; mais il accepta de soumettre « ces vues nouvelles » aux gouvernements intéressés, là se bornerait son rôle ; à faire plus, « le cabinet ne vivrait pas un jour, le roi perdrait tout prestige » ; et le lendemain matin le diplomate français télégraphiait à son ministre : « Le gouvernement du roi ne repousse pas, pour ce qui le concerne1, vos propositions. Il est disposé à les transmettre aux Etats de l'Italie centrale, en les appuyant des arguments que le gouvernement impérial pourra lui fournir à l'appui. Ces propositions seraient soumises par les gouvernements locaux au suffrage universel. Quel qu'en soit le résultat, le gouvernement du roi l'acceptera loyalement. Le comte de Cavour est persuadé qu'en dépassant ces limites, le roi et son gouvernement se suicideraient". » Mais Gavour avait répondu autre chose encore, et fort grave : il avait révélé au diplomate français que le ministre d'Angleterre, Hudson, venait de recevoir de son gouvernement un télégramme ainsi conçu : / consider the propositions made by the french Government as subversive of italian indépendance. Lord Cowley is instrncted to make it known in Paris*. Stupéfait, « renonçant à trouver le mot de l'énigme », tant cet avis était en contradiction avec ses propres instructions, M. de Talley-

1. C'est presque la formule employée par Victor-Emmanuel, lors de la signature des préliminaires de Villafranca. Supra, p. 238.

2. Talleyrand à Thouvenel, télégramme chiffré, 29 février 1860, 10 h. 45 matin.

3. « Je considère les propositions faites par le gouvernement français comme destructives de l'indépendance italienne. Lord Cowley reçoit instructions pour le faire savoir à Paris. »

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rand télégraphia à Paris pour se renseigner1. M. Thouvenel lui répondit le lendemain que « lord John Russell avouait ce revirement. . . Je ne vois pas, ajoutait le ministre du quai d'Orsay, Futilité d'une consultation populaire qui ne changerait rien à notre résolution 2. » Il n'était point satisfait, non sans cause ; peut-être son impérial maître était-il moins étonné.

Cavour, alors, agit fortement, audacieusement, en homme d'État qui « a pour qualité la prudence et au besoin l'imprudence3 », certain du ferme appui du gouvernement anglais, convaincu de la bienveillante impassibilité de Napoléon \ Il ne manqua point de communiquer à Farini et à Ricasoli la dépêche française du 24 février, mais, ajoutait-il, en reconnaissant l'opportunité d'un nouveau vote, Sa Majesté le roi laisse à Votre Excellence plein pouvoir quant au mode d'interroger la volonté des populations5 ». Les deux patriotes comprirent : le lendemain, 1er mars, ils prirent les décrets convoquant les populations à voter au scrutin secret et au suffrage universel, les 11 et 12 mars, sur cette alternative : Union avec la monarchie constitutionnelle du roi Victor- Emmanuel, — Royaume séparé. Le même jour, le roi de Sardaigne avait convoqué pour le 25 mars les électeurs du royaume afin de remplacer la Chambre dissoute depuis la fin de janvier.

1. Talleyrand à Thouvenel, 29 février 1860, deux dépêches, l'une officielle, l'autre secrète, et télégramme chiffré 6 heures soir.

2. Thouvenel à Talleyrand, 1er mars 1860, télégramme chiffré, 6 heures soir.

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