‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 215 sur 347 · Cavour a Murliani, mars · texte numérisé non relu

Cavour a Murliani, mars

accompli. L'Autriche raillait, annonçait des catastrophes, et, d'ailleurs impuissante, se désintéressait du sort de l'Italie centrale. La Prusse, grognonne, envoyait en mission extraordinaire un général malveillant, Wildenbruch : mais que pouvait-elle ? Et la Russie n'était point mécontente de ce mauvais tour joué à l'Autriche : puissance orthodoxe, elle n'avait cure du pontife catholique; seul l'inquiétait un conflit possible, presque probable, entre le Piémont et Naples.

Cavour profita de cette situation favorable, et agit vivement. Il fit convoquer les électeurs de l'Italie centrale pour choisir leurs députés au Parlement italien selon la loi électorale de Sardaigne et invita Farini et Ricasoli à se rendre à Turin pour consacrer officiellement l'incorporation des nouvelles provinces. Le dictateur d'Emilie arriva le premier, le 18 mars, reçu avec enthousiasme par le roi, la cour, la population, et un décret royal déclara la province « partie intégrante du royaume » ; le 22, l'austère Ricasoli vint à son tour, et un second décret fît entrer, sous la même formule, la Toscane dans le royaume transformé : le fier Etat, tant de siècles durant bouillonnante République ou puissant duché, abdiquait volontairement son indépendance et n'était plus •qu'une province dans la grande Patrie italienne. Cavour s'occupa immédiatement de l'organisation des nouvelles provinces : le prince de Garignan était envoyé à Florence comme lieutenant du roi; Farini prenait à Turin le ministère de l'Intérieur. Pour s'excuser de l'annexion des Légations, Victor-Emmanuel envoyait à Pie IX une lettre déférente, affirmant qu'il n'agissait qu « en prince catholique », respectueux des prérogatives du Souverain Pontife, et le pape répondait par une épître indignée1. Enfin, Cavour s'occupait

1. Le roi au pape, 20 mars; Pie IX à Victor-Emmanuel, 2 avril 1860. Massari, Vittorio-Emanuele II, p. 322 et suiv.

activement des frontières septentrionales des États pontificaux ; à la demande du gouvernement français, le cabinet de Turin promettait de « ne mettre aucun obstacle à l'occupation des Marches et de l'Ombrie par les troupes napolitaines1 », mais seulement si le roi François « reconnaissait l'annexion de la Romagne, ou bien si on nous laissait occuper la citadelle d'Ancône2 ». Un orage était imminent dans la région.

Dans sa seconde dépêche du 24 février, « secrète et confidentielle », M. Thouvenel avait notifié que le gouvernement français ne pourrait laisser libre action au cabinet sarde en Toscane, que si celui-ci se conformait entièrement aux dispositions du traité des 12-16 décembre 1838 (26-28 janvier 1859), désormais applicable de plein droit, puisque le Piémont réalisait les annexions prévues et ne pouvait s'opposer au puissant mouvement qui portait Nice et la Savoie vers la France. Le 1er mars, Napoléon avait exposé au Parlement français qu' « en présence de cette transformation de l'Italie du Nord, qui donne à un État puissant tous les passages des Alpes, il était de son devoir, pour la sûreté de nos frontières, de réclamer les versants français des montagnes ». La réponse de Gavour au baron de Talleyrand fut très franche, très loyale : « Je n'ai, dit-il, nulle répugnance à vous adresser la note que vous demandez (« considérant les arrangements secrets du 16 décembre comme toujours valables en ce qui concerne l'article 3 »), car je crois [nécessaire... de préciser nos positions éventuelles dans cette épineuse

1. Thouvenel à Gramont (Rome), 24 mars 1860. Le secret de l'Empereur, p. 'J5.

Page 1