D'Ideville, Journal d'un diplomate en Italie, p
péennes, un précieux allié pour la Grande-Bretagne. Lorsqu'elle apprit que la France allait acquérir ses frontières naturelles en Savoie et dans le comté de Nice, elle s'indigna, comme si on lui arrachait le Kent et la Cornouaille. Elle adressa à Turin de vifs reproches, tenant un tel acte pour contraire à toute dignité et à toute sécurité nationales, et elle multiplia à Paris ses véhémentes protestations l. Le gouvernement impérial était résolu à ne point se laisser intimider et le cabinet sarde avait engagé sa parole : mais il y avait à Londres, comme en Suisse, un élément de danger dont il n'était pas possible de ne point tenir compte.
A Paris, de même qu'à Turin, on était donc pressé de terminer, pour des raisons peut-être différentes, mais qui aboutissaient à une même conclusion : faire vite. « M. de Cavour réclame une prompte solution, mandait le baron de Talleyrand... Les populations (de Nice et de la Savoie) ne sachant plus ce qu'elles sont, à qui elles appartiennent, flottent à l'aventure, et cela au détriment de l'ordre public et de l'autorité. Il est grand temps de mettre fin à cette situation'- ». En réalité, Cavour était très embarrassé, car il n'avait pas de difficultés qu'à l'extérieur. Si, dans les deux provinces, l'opinion publique réclamait dans sa grande majorité et avec force l'incorporation à la France, certains de leurs enfants s'y opposaient, et l'un des plus illustres, Garibaldi, avec véhémence; dans le royaume, les adversaires de Cavour faisaient campagne en faveur de l'indivisibilité nationale, et Rattazzi, Brofferio, maints autres multipliaient leurs attaques, en pleine période électorale. Cavour, lui-même, éprouvait une douleur profonde, naturelle, à la séparation de deux provinces, si
1. Signoretti, La polilica itiglese duranti la crisi vesolutlva deWl'nità d'italia, loc. cit., p. 277 et suiv.