‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 218 sur 347 · Talleyrand à Thouvenel, 6 mars · texte numérisé non relu

Talleyrand à Thouvenel, 6 mars

longtemps d'un loyalisme égal dans les jours de deuil et dans les heures de joie, dont l'une avait été le berceau de la monarchie l, dont l'autre était un joyau ensoleillé. Mais il tenait cette pénible décision pour indispensable — « le plus cruel devoir que j'aie eu à accomplir de ma vie », dit-il plus tard; car il pensait, avec d'Azeglio, qu' « on ne pouvait être pour les nationalités en deçà des Alpes, et leur adversaire au delà2», et qu'à résister, on risquait l'unité italienne. Il se résigna et prépara les « voies et moyens » .

Le gouvernement français avait pris acte de la déclaration par laquelle le président du Conseil sarde avait reconnu la validité de l'article du traité secret, relatif à Nice et à la Savoie3, et déjà il avait suggéré à Nigra un projet de note confidentielle reconnaissant « que l'engagement contenu dans le traité secret est applicable aux conditions actuelles et subordonné à la manifestation des vœux populaires », tout en réservant les droits de la neutralité suisse4. Mais Cavour voyait de graves inconvénients à mentionner dans cette note un traité si souvent dénié, et il estimait « qu'un jour, il ne serait pas inutile, pour prévenir toute réclamation, de détruire l'instrument même du traité ». Il était d'ailleurs en plein accord avec les propositions de Thouvenel, notamment sur la question du Chablais et du Faucigny; « c'est un immeuble grevé d'une servitude, disait-il en parlant de la Savoie, nous vous en prévenons pour être relevés de nos obligations » . Et il insistait sur la nécessité « d'une prompte solution5 ».

1. « Le roi a donné la fille, il peut bien donner le berceau », disait-on dans les cercles railleurs.

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