Chiala, Lettere, IV, préface, p
DES ALPES A L'ADRIATIQUE 31 o
sauriez croire, disait Cavour au baron de Talleyrand, à quelles sollicitations il nous faut rester sourds, et quels reproches il nous faut endurer1. » Il n'ajoutait pas, mais on n'ignorait point, que le cabinet lui-même était divisé et que le général Fanti, ministre de la Guerre, menaçait de sa démission : dans cette situation, Cavour eût désiré, non se soustraire à « une bien triste nécessité », mais « obtenir pour Nice la plus grande somme d'avantages possible2 ». Dans les deux provinces, alors que les adresses et pétitions circulaient chaque jour plus nombreuses en faveur de l'entrée dans l'unité française, des agents sardes bien intentionnés, mais maladroits, faisaient du zèle, soulevant ainsi les protestations du cabinet de Paris et risquant de troubler l'ordre qu'ils devaient maintenir. L'Angleterre s'irritait3, la Suisse se désolait. Il était temps d'opposer à ces mouvements divers le fait accompli. De là, le voyage de M. Benedetti.
L'idée de remplacer l'acte secret par un acte définitif et public était commune aux deux gouvernements. Le 20 mars, Cavour écrivait à Nigra : « Pour en finir, voici la marche qu'il est indispensable de suivre, à mon avis : ouvrir à Paris ou à Turin des négociations régulières et plus détaillées sur la réunion de la Savoie et de Nice à la France... * » Le même jour, le directeur des affaires politiques au quai d'Orsay, M. Benedetti, recevait « soudainement» l'ordre de se rendre à Turin « pour hâter la réunion, qui rencontrait des obstacles inattendus5 ». Sans doute, le baron de Tallevrand