A cause delà candidature inattendue de Boncompagni
ce résultat. C'est une victoire de la nature de celle de Malplaquet : il suffirait d'en remporter deux ou trois de semblables pour être perdus tout à fait. » Et il faisait recommander au gouvernement français beaucoup de prudence et de discrétion dans ses agissements à Nice et en Savoie '. Le 12 avril, il était mis « sur la sellette2 » par Garibaldi, autorisé enfin à développer son interpellation sur la cession de Nice; le général fut bref et calme, contrairement à son habitude ; il déclara inconstitutionnel le traité et protesta contre l'abandon d'une province appartenant à la maison de Savoie depuis 1391 . Cavour lui répondit en quelques phrases que « la cession de Nice et de la Savoie était une condition essentielle pour persévérer dans une voie politique qui nous a conduits à Milan, à Florence, à Bologne », et promit à la Chambre que le traité serait soumis à son approbation. Les débats s'animèrent un peu sur les discours de trois députés de gauche, demandant que le plébiscite n'eût pas lieu dans les deux provinces avant la ratification du traité par les Chambres sardes, mais, sur une réplique de Cavour, un ordre du jour de conciliation fut voté par assis et debout. Le grand débat était remis au jour où la ratification serait sollicitée de l'Assemblée.
La session parlementaire fut ajournée pendant que le roi et le président du Conseil se rendaient dans les nouvelles provinces. Victor-Emmanuel connaissait bien Florence : il y avait passé les tristes jours de son enfance, alors que le prince de Carignan, son père, Charles- Albert, avait fui Turin et le Piémont pour se réfugier sur les bords de l'Arno, exilé par le roi Charles-Félix, honni par les libéraux3. Et le fils
1. Cavour à Nigra, 11 avril 1860. « M. Rattazzi, chef du parti démocratique, dirigera l'opposition à la tête d'une majorité compacte de 68 voix. » Talleyrand à Thouvenel, 11 avril 1860.