‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 230 sur 347 · Supra, t. I, p · texte numérisé non relu

Supra, t. I, p

arrivait en souverain acclamé où le père avait passé des jours d'humiliation. Cavour n'avait jamais été ni en Toscane, ni dans les Légations : ce grand voyageur, qui avait fréquenté chaque rue et chaque salon de Paris et de Londres, qui avait parcouru la France, l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, l'Allemagne occidentale, avait peu visité le pays dont il fit l'unité, sa Patrie italienne. Dans ce voyage1, tout lui fut enchantement : l'accueil d'une population en délire de joie ; Florence, dont nul ne pressent la beauté qui ne la connaît point, avec ses cent églises, ses palais, ses musées, ses cloîtres, et partout cette splendeur de l'art le plus délicat qui fût jamais; Pise, avec ses quatre merveilles, la cathédrale, le baptistère, la tour et le Campo Santo où, devant les peintures de Benozzo Gozzoli, Cavour, qui n'était point rêveur, rêva longuement ; Livourne, avec son dédale de vieilles rues et son port merveilleux; et cette campagne toscane, où, dans l'air limpide, l'horizon est doucement fermé par les molles collines que couronnent les pins et les oliviers. Il dut revenir, après une courte visite à la Spezzia, passer deux jours à Gênes, où l'appelaient de graves préoccupations politiques, qui n'étaient que le prodrome de bien autres difficultés. Le 23, il était de retour à Turin : une inquiétante nouvelle l'y attendait : le ministre de la Guerre, le général Fanti, mécontent du tracé de la frontière avec la France, voulait démissionner, et son départ entraînerait la dislocation du ministère, car il était « l'âme de l'armée, le seul qui fût capable d'amalgamer, avec les régiments piémontais, les bataillons des Toscans et de l'Emilie2 ». D'autres difficultés

1. Départ le 15 avril ; Florence, du 16 au 20; Pise, les 20 et 21 ; Gênes, les 22 et 23 ; retour, à Turin ; nouveau départ pour rejoindre le roi à Bologne, le 1" mai 1860.

2. Cavour à Nigra, 24 et 28 avril 1860: à Farini. 24 avril 1860.

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surgissaient, au Parlement, dans l'œuvre d'unification nationale, à la cour même, et le ministre de France remarquait l'air soucieux, « la profonde préoccupation à laquelle paraissait en proie M. le Président du Conseil1 ». Dans cette anxiété, la préparation de l'expédition garibaldienne avait sa large part. Déjà, inquiet, découragé, Cavour parlait de « se retirer à Léri », mais combien mieux fît— il en appelant le dévoué Arese à la rescousse, et en calmant le très patriote Fanti. Le 1er mai, il repartait pour rejoindre le roi à Bologne et là recommença l'enchantement. « Je me suis découvert, disait-il, un sens que je ne me savais pas posséder, celui de l'art3. » Il prolongeait ses études avec une volupté raffinée, alors même que, singulier hasard, se préparait l'expédition des Mille. Il ne revint que le 5 mai à Turin pour engager le combat parlementaire sur la ratification du traité.

L'opposition, conduite par Rattazzi, s'était préparée à une lutte violente4; sans doute Garibaldi guerroyait en Sicile5, mais Cavour prévo}^ait les attaques d'un nouveau député, Depretis6, et la possibilité de nouvelles défections dans ses propres troupes, Minghetti, Tecchio, un grand nombre de députés lombards7, d'autant plus que le cabinet n'était pas très solide en lui-même, l'empereur ayant envoyé au comte Arese une réponse sur la fixation de la frontière qui ne donnait pas

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