L'ANNEXION DES DEUX-SICILES, DES MARCHES ET DE L'OMBRIE
I. Les préparatifs db l'expédition de Sicile. — Politique révolutionnaire de Cavour. — Le gouvernement napolitain; tendances populaires. Changement de monarque; maintien du régime absolu. — Les effets de la guerre de 1859; mouvement insurrectionnel; inquiétude de Cavour. — Révolution de Palerme; l'émotion dans l'Italie septentrionale; le comité des secours et le fonds du million de fusils; hésitation de Garibaldi. Victor- Emmanuel. — Le secret de Cavour. Les subsides de La Farina. La décision de Garibaldi. — Indiscrétions et paroles rassurantes.
II. Les Mille. — Le départ. Cavour au courant. Premier effet à Turin : protestation du ministre de France; les grandes puissances. Les explications officielles et la réalité. — La descente au cap Telamon : colère de Cavour. — Anxieuse attente. — Garibaldi à Marsala, puis à Palerme; les renforts ; précautions de Cavour; son jeu diplomatique.
III. « Attendre les événements ». — L'agitation à la cour de Naples : premières trahisons. Appel de François II à Napoléon; proposition de l'empereur; mission Martine — Réponse de Cavour : négociations délicates. — Les variations de Garibaldi; l'incident de La Farina; Depretis. — Le gouvernement napolitain accepte la proposition française; tergiversations à Turin; une lutte de diplomatie. — Bataille de Melazzo, les Napolitains refoulés sur le continent. — Manna et Winspeare à Turin : leurs entretiens avec Cavour. — Lettre du roi à Garibaldi. — Napoléon et sa lettre du 25 juillet. — Réponse de Garibaldi.
IV. La conquête de Naples. — Négociations dilatoires. Les renforts aux Garibaldiens. — Cavour projette une révolution à Naples ; passivité de la population. — Les Garibaldiens passent le détroit; la marche triomphale. — François abandonne Naples; arrivée de Garibaldi.
V. Un dessein révolutionnaire. — Relations du Piémont et de la papauté. — Msr de Mérode et le général de Lamoricière; l'armée
pontificale. Départ éventuel des troupes françaises; leur maintien. — Projet d'expédition mazzinienne; craintes de Cavour. — Les desseins de Garibaldi : leurs périls. — L'idée de Cavour : les raisons de l'expédition des Marches et de l'Ombrie. — Qu'en pensera Napoléon? L'entretien de Chambéry et la visite d'Arese. L'acquiescement de l'empereur.
VI. Les Marches et l'Ombrie. — Les préparatifs de la campagne. — Sommation au Saint-Siège et à Lamoricière; les soulèvements dans l'Ombrie. — L'avis au gouvernement français; échange de télégrammes entre le roi et l'empereur; la protestation officielle du cabinet de Paris. — Les ordres aux généraux sardes; proclamation de Victor-Emmanuel. — Ultimatum de la France et départ de Talleyrand. Les autres puissances. — Le placement des troupes belligérantes. Castelfidardo. La conquête de l'Ombrie. — Le Patrimoine de saint Pierre. La question du départ du pape. — Prise d'Ancône. Urgence de la marche sur Naples. — Départ de Victor-Emmanuel. — Les proclamations; le roi franchit la frontière napolitaine. — Organisation des deux provinces. Le plébiscite.
VIL L'annexion des Deux-Siciles. — Situation à Naples. Tension * entre Garibaldi et Cavour. — Le général exige la démission du ministre. Convocation du Parlement. Précautions de Cavour. — Nouvelles difficultés à Naples. Bataille du Volturne; siège de Capoue et de Gaëte. L'appel au peuple dans le royaume de Naples. Réunion du Parlement sarde; la loi sur les annexions; discours de Cavour; le vote, ses conséquences. — Le plébiscite dans les Deux-Siciles. La rencontre de ïeano. — Les relations du Piémont avec les grandes puissances : l'Angleterre: la France; l'Espagne; la Russie; la Prusse; menées de l'Autriche; guerre en perspective; l'entrevue de Varsovie; le retour au calme. — Entrée de Victor-Emmanuel à Naples. — L'activité de Cavour.-.
La guerre d'indépendance, la libération de la Lombardie, l'annexion, à la monarchie sarde, des duchés, de la Toscane et des Légations avaient soulevé dans l'Italie entière un mouvement national tel que la transformation était inévitable des États pontificaux et du royaume napolitain. Cavour ne s'y méprit point, dès lors persuadé que l'unité seule « pouvait
garantir à la péninsule l'indépendance et la liberté1 », décidé à s'emparer de tous moyens qui la faciliteraient, fussent-ils de conspiration et de révolution. Ici, point de doute : la déception de juillet 1850, née de la « paix brusquée », l'avait convaincu de l'impossibilité de réaliser son grand dessein par la diplomatie officielle, régulière, au grand jour. Pendant une année, il va pratiquer une politique de subterfuges, de réticences, de tromperies, qui a soulevé, et à juste titre, de véhémentes critiques même parmi ses compatriotes et ses amis, et justifié la sévère exclamation de l'intègre chevalier d'Azeglio : « Personne ne le croit plus2 ». À prendre ses lettres, ses déclarations et ses actes, les contradictions sont telles que sa pensée en devient difficile à suivre3 : en « révolutionnaire », il entend, comme il l'avait dit en août 1859 à ses cousins de Genève, « avant tout, marcher », quitte à « passer le reste de sa vie à conspirer1 », et, pour ce, profiter des maladresses de ses adversaires, de la bienveillance ou des tergiversations des puissances étrangères, des audaces aventureuses des patriotes surexcités, en les dupant tous. Maître dans « cette lutte d'astuce3 », il suit une voie tortueuse et
i. Cavour à E. d'Azeglio, 29 juin 1860. Les historiens discutent sur le moment où Cavour voulut l'unité nationale. Il ne s'agit point de rechercher quel jour le premier ministre fut convaincu de cette nécessité. Ce projet ne se présente point à lui d'un jet. mais il mûrit lentement, résultat d'expériences, de conversations répétées, de longues réflexions. Il l'avait depuis longtemps envisagé, sans s'y arrêter définitivement; mais je crois que lors de son retour au pouvoir, en tous cas dès la cession de la Savoie et de Nice, qui faisait de l'empereur son complice supra, p. 319), il n'eut plus d'autre dessein; certes ses écrits, et ses paroles sont contradictoires, mais fermes sa pensée et son action.
2. Treitschke, Cavour, dans les Ristorische und politische Aufsùlze, 1, p. 36o.
3. Voyez la pénétrante analyse de Messeri. La politica del conte di Cavour nella liberazione del Mezzogiorno, dans la Revue II Risorgimento italiano, 1913, p. 279 et suiv.