Masi, Risorgime?ilo, II, p
Cu-Ol'R. — III.
à la Camorra, et prêt à tout pourvu qu'on sût le prendre. Et tout un grouillement mystérieux se faisait, d'émissaires et d'affidés, préparant la grande révolution. Cavour n'en ignorait rien, il comprenait que le mouvement n'aurait rien de monarchique ni de sarde, sachant sa propre politique détestée des mazziniens autant qu'il avait la leur en abomination, redoutant que l'insurrection aboutît au profit du « muratisme » ou de la République, demandant à son ambassadeur à Naples si un mouvement annexionniste pourrait se produire dans les Deux-Siciles, pareil à celui de Toscane1. Craignant que la voie officielle ne le renseignât point exactement, il avait déjà envoyé en Sardaigne un observateur personnel, pour doubler l'action de La Farina : Enrico Benza se présenta dans les milieux libéraux comme un confident de Victor-Emmanuel, — il fut en effet quelque peu son secrétaire, — et un cousin du premier ministre, — Benza étant presque homonyme de Benso di Cavour; il conseillait à la jeune noblesse de « s'insurger, mais si l'insurrection donnait sûreté de réussir et offrait au Piémont l'occasion de pouvoir intervenir, de manière occulte ou publique selon le cas ». Ces bons avis distribués, il repartit, sous l'œil vigilant de la police napolitaine2. Et ceci n'empêchait point Cavour de protester « qu'il ne voulait pas créer d'embarras au roi de Naples », et d'exhorter le bon Villamarina à convaincre le premier ministre, Caraffa, « de la sincérité de notre désir de ne point voir troublée la tranquillité dansle royaume des Deux-Siciles3 ». Le 4 avril 1860, enfin, la révolution attendue se produisit
i. Cavour à Villamarina, 30 mars 1860. La réponse est du 24 avril, très franche, très nette : peu de républicains, pas de muratisme, pas de mouvement annexionniste.
2. Sur le voyage de Benza, de Cesare, loc. cit., II, p. 158-160.