Zanichelli, // conte di Cavour, p
d'armes et de munitions Réunir ces forces éparses sous un même commandement, les équiper, puis les précipiter sur la Sicile, c'était un noble dessein et quelques patriotes s'y activèrent, surtout ces trois qui, sous leur chef, furent l'âme de l'expédition : Bertani, F. Crispi, Nino Bixio. Mais à leur tête, il fallait un grand nom, un entraîneur d'hommes, prêt à toutes les audaces comme habile à toutes les guerres; celui-ci s'imposait : Garibaldi.
Pressé par ses trois amis, le héros — Eroe, ainsi qu'écrivent les mémoires du temps dans le sens de demi-dieu, à l'antique, — hésitait à s'engager; il était à Turin pour la session parlementaire, furieux contre « le marché (mercato) de Nice et de la Savoie », comptant interpeller à brève échéance le ministre qui l'avait fait « étranger1 » ; le 7 avril, en apprenant les événements de Sicile. Bixio et Crispi coururent à Turin pour les annoncer à leur illustre ami en le suppliant d'intervenir; il leur promit tout au moins son concours pour l'armement d'une expédition de secours, mais il n'avait guère confiance dans le succès de l'aventure; raison de plus, répliquaient ses vaillants élèves, en développant ce thème : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Le 12 avril, jour même où il interpella Cavour sur la cession de Nice, il tint une manière de conseil de guerre dans son appartement, où il déclara d'abord qu'il acceptait de se rendre en Sicile avec 200 compagnons; l'arrivée d'un télégramme annonçant que la révolution sicilienne s'enlisait, modifia son idée, et il partit le lendemain déclarant qu'il se rendrait à Nice pour faire de la propagande contre l'annexion, qu'il tenterait un coup de main le jour du vote, etc. Il ne dépassa point Gênes, car
i. Messeri, La politica del conte di Cavour nella liberazione, etc., p. 289. Cpr. Mirabelli, Garibaldi e Cavour nella spedizione dei Mille, Milan, 1907; Mme Nazari-Micheli, Cavour e Garibaldi nel 1860, Rome, 1911.
ses amis le rejoignirent et l'y retinrent en lui montrant de nouveaux devoirs à remplir et une nouvelle gloire à conquérir. Ainsi se laissait-il peu à peu gagner au projet d'une expédition qu'il était nécessaire d'organiser avec soin. Et d'abord, où prendre argent, fusils, munitions?
Heureusement, on avait à disposition le « fonds du million de fusils1 ». En septembre 1859, alors qu'il commandait sous Fanti l'armée de la Ligue de l'Italie centrale, Garibaldi avait poussé ce cri : « un million de fusils, un million d'hommes ». Une souscription avait été lancée, très richement couverte (le roi Victor-Emmanuel y avait largement participé), et une certaine quantité de fusils avaient été achetés puis déposés dans une caserne de Milan. L'argent de reste était à la disposition de Garibaldi et il n'y avait qu'à puiser dans le « fonds »; mais pour les fusils, on dut solliciter l'autorisation du casernier, qui prit les ordres de ses chefs, et la demande remonta jusqu'au gouverneur de la Lombardie, l'honnête Massimo d'Azeglio. Celui-ci refusa net. « J'ai une réputation d'honnête homme à conserver..., écrivait-il quelques semaines plus tard, j'ai notifié aux Italianissimi que, selon mon opinion, on pouvait déclarer la guerre à Naples, mais ne pas y avoir un représentant et envoyer les fusils aux Siciliens \ » Pour vaincre ces honorables scrupules, les Italianissimes se remuèrent, s'adressèrent à Farini, secrétaire d'État à l'Intérieur, très bien disposé, mais qui ne pouvait donner d'ordre à d'Azeglio en l'absence de son premier ministre, alors à Florence, et renvoya à La Farina, le confident du président du Conseil pour cet ordre de décisions. Ainsi Cavour était-il amené à prendre parti.
1. Sur cette question, A. Luzio, Il milione di fucilie la Spedizione dei Mille, article paru dans la Leltura de l'JdO, recueilli dans Garibaldi, V«r&, Cavour, p. 75 à 137.