M. d'Azeglio à Rendr, 15 mai
Il savait l'opinion du roi : celui-ci, franc soldat, toujours prêt à « bouter de l'avant », était favorable à l'expédition, quoique — ou parce qu'aventureuse. Il est vrai, Victor- Emmanuel avait écrit, le 15 avril, à son « cher cousin » François de Naples une lettre de bons conseils, lui exposant qu' « on était arrivé à un moment où l'Italie peut être divisée en deux États puissants, l'un du Septentrion, l'autre du Midi », lui proposant de réaliser ce « concept », et ajoutant qu'à laisser le temps passer, le roi des Deux-Siciles expérimenterait l'amertume de ces mots terribles : « C'est trop tard' ». Mais ce n'étaient là que d'habiles paroles, rédigées par Gavour, et comportant un piège malin : car si François II refusait de constituer sur un accord amiable le dualisme italien, le monarque sarde justifiait par sa correspondance de ses bonnes intentions et de la méchante manière dont ses honnêtes propositions avaient été accueillies. Ce qui advint, et les amis du loup en firent un candide agneau2. En réalité, le bouillant Victor-Emmanuel ne rêvait que combats, et quand Garibaldi lui demanda d'emmener en Sicile une brigade sarde, le roi ne refusa point d'emblée, se réservant d'en parler à son ministre, en tous cas promit à l'expédition son appui et sa bienveillante intervention.
Cavour n'avait point ce tempérament chaud; il pesait avant de se décider. Il n'avait point contribué à l'explosion en Sicile, quoiqu'on le supposât à Paris. « J'aurais désiré de tout mon cœur, écrivait-il à Nigra, que la tranquillité ne fût pas troublée, en ce moment, dans le sud de l'Italie \ » Quand
1. Victor-Emmanuel à François II, 15 avril 1860. Chiala, IV, préface, p. 120, 2.
2. Cpr. ultérieurement, lord John Russell à sir James Hudson, 25 juillet 1860