‹ Cavour et l'unité Italienne (volume 3)Chapitre 240 sur 347 · Cavour à Nigra, 13 avril · texte numérisé non relu

Cavour à Nigra, 13 avril

Bertani l'avait interpellé à la Chambre des députés, le 13 avril, sur les événements de l'île, il avait dit en souriant que « le ministère ne pouvait faire l'office degazettier » et s'était dérobé avec quelques paroles dilatoires. Il se méfiait de Garibaldi, craignant « qu'il ne s'accorde avec Mazzini qui commence à relever la tête1 ». Mais les faits étaient là : en Sicile, une insurrection avait éclaté, ayant pour but suprême la formation de l'unité nationale; à Gênes, une expédition de secours se préparait, commandée par un général de l'armée sarde pendant la guerre d'indépendance, recrutée parmi ces patriotes qui dans toute l'Italie septentrionale regardaient à Victor- Emmanuel comme à leur roi et à Cavour comme à leur directeur de conscience. Tous demandaient aide et secours; pouvait-on les refuser sans compromettre l'œuvre entreprise, sans repousser dans le parti mazzinien ces jeunes et ardentes activités? A ces nettes questions, Cavour répondit négativement, et, non sans crainte, résolut de fournir tous subsides à l'expédition, quelque médiocres qu'en fussent les chances, — mais sous le manteau, mystérieusement, pour demeurer en état de nier aux diplomates sa participation, et encore à la condition que les conjurés ne tentassent rien sur Rome, protégée de la France2. Ainsi décidé, il agit.

Il ne pouvait être question de confier à Garibaldi un corps de troupes régulières, mais il était facile de lui glisser des armes et des munitions, et La Farina était là pour le faire, que le premier ministre pouvait désavouer « en se lavant les mains, comme Ponce Pilate3 ». Le directeur de la Société

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